lundi 20 avril 2020

Journal de déconfinement – jour 34

Pas inspiré, j'allais vous transmettre une connerie, des trucs que m'envoie une connaissance, qui sont censés aider à supporter le confinement, gentils mais assez horripilants - je vous dirai pourquoi, si j'ai le temps de vous en faire profiter.
Hier soir, en préparant le dîner, j'entendais cette info à la radio :
"Le Conseil d’Etat limite le pouvoir des maires dans la lutte contre le coronavirus. Les maires « ne peuvent, de leur propre initiative, prendre d’autres mesures destinées à lutter contre la catastrophe sanitaire » que celles décidées par l’Etat" a jugé vendredi la plus haute juridiction administrative."

Le présentateur de ce journal a repris quasiment mot pour mot l'article du Monde. Les justifications données par le conseil d'état sont d'un ubuesque consommé. Je vous en laisse juge :

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Voilà une occasion de faire un peu d'instruction civique, en visitant le Conseil d'Etat : https://www.conseil-etat.fr/recrutement-et-carrieres/au-conseil-d-etat/les-metiers/les-membres-du-conseil-d-etat  mais je crois qu'ici, vous comprendrez mieux : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_d%27%C3%89tat_(France)#Composition_du_Conseil_d'%C3%89tat
Vous pigez bien sûr tout de suite que cette cours de justice est dans un état de louche flou artistique du point de vue du fonctionnement et en même temps de dépendance totale au pouvoir politique. Je ne citerai que le paragraphe suivant :
"Les auditeurs de 2e classe sont recrutés exclusivement à la sortie de l'École nationale d'administration. Le Conseil d'État est généralement choisi par les élèves les mieux classés, concurremment avec l'Inspection générale des finances et la Cour des comptes. Au niveau des maîtres des requêtes, trois nominations sur quatre sont faites parmi les auditeurs de 1re classe et la dernière peut être faite « au tour extérieur » par décret du président de la République, parmi les fonctionnaires ayant au moins dix ans de service public. Au niveau des conseillers d'État, une nomination sur trois peut être faite au tour extérieur, par décret en Conseil des ministres, parmi les personnes âgées de plus de 45 ans."

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Vous venez de lire, comme moi, que la Ligue des Droits de l'Homme se réjouit de la décision ; et vous vous dites : normal, puisqu'elle est à l'origine de la plainte déposée contre le maire de Sceaux qui voulait imposer le masque. La LDH était "inquiète pour les libertés individuelles". A se tordre, non ?! Elle n'était donc pas inquiète jusque là par l'imposition des gestes barrières et les mesures de confinement. Elle n'a pas été inquiète non plus quand le préfet de Moselle (ne faisant que ce que son chef lui commande de faire) a décrété que "L'accès à l'ensemble des parcs, jardins publics, parcs récréatifs en plein air, gravières, forêts, berges, plans d'eau, aires de jeux, parcours de santé, terrains de sport urbains est interdit dans l'ensemble des communes du département de la Moselle : • du samedi 18 avril 2020 à OhOO jusqu'au lundi 20 avril 2020 à OhOO ; • du samedi 25 avril 2020 à OhOO jusqu'au lundi 27 avril 2020 à OhOO ; • du vendredi 1er mai 2020 à OhOO jusqu'au lundi 4 mai 2020 à OhOO ; • du vendredi 8 mai 2020 à OhOO jusqu'au lundi 11 mai 2020 à OhOO.", texte que j'ai reçu par mail de la mairie de Volmerange.
  
https://volmerangelesmines.fr/covid-19-arrete-prefectoral-du-15-avril-2020/
Objectivement, dans cette affaire, la Ligue des Droits de l'Homme se dresse en alliée du gouvernement. Peut-être même qu'Edouard Philippe lui a suggéré de déposer plainte pour ne pas paraître lui-même vouloir faire taire ce maire et, en même temps, les maires. Le Conseil d'Etat étant à la botte, l'affaire sent trop ce genre de petit coup monté dont nos gouvernants sont coutumiers depuis que la politique rapporte. 
Pour que le Conseil d'Etat interdise aux maires de prendre des arrêtés plus contraignants que les ordonnances, on doit en effet avoir touché un nerf sensible. Déjà qu'il leur est interdit de corriger à la baisse des mesures gouvernementales, les maires, qui avaient cru retrouver un peu de latitude et de prestige, sont donc sèchement renvoyés à la niche. Le message est clair : il n'est pas question pour le pouvoir suprême de donner du mou à la laisse, au risque d'une fronde des élus locaux. (Et c'est vrai qu'à lui tout seul, il met déjà assez le bordel !)
On connaît tous un maire, n'est-ce pas, qui un jour ou l'autre s'est pris pour Jupiter et a imposé à ses administrés ses lubies et ses délires autoritaires, assortis d'amendes bien salées. Mais un maire peut aussi être une personne mesurée, raisonnable, soutenue par ses administrés, qui agit avec conscience pour le bien public. Il me semble même qu'on a vu, aux dernières élections, fleurir  beaucoup de listes citoyennes, preuve de l'émergence d'un désir de démocratie participative.
Et cela, ce tout petit ferment de liberté, pour une majorité dont le seul souci est d'imposer quoi qu'il en coûte, envers et contre tout, sa volonté politique, qui n'a légiféré jusqu'à présent que pour renforcer le pouvoir de l'exécutif, qui a encouragé et théorisé la violence policière, ce tout petit ferment de liberté est une terrible menace. Les libertés individuelles, ça la fait flipper.
Eh bien, justement, il est l'heure de résister. Que les maires désobéissent ! Mais avec le soutien populaire.
Et là, j'espère que la noble Ligue des Droits de l'Homme prendra leur parti contre les foudres qui ne manqueront pas de tomber du haut de l'Olympe.

 Bon, les amis, les amies, je vous envoie ça sans attendre les douze coups de midi parce que d'ici là, je compte bien m'être évadé.
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samedi 18 avril 2020

Journal de déconfinement - jour 33


Le confinement, qui devrait être absolu pour être parfaitement efficace, souffre d’une terrible faiblesse : la nécessité ; nécessité de maintenir en vie les humains par le moyen de la rupture du confinement. D’où le concept, officiel, de ces « achats de première nécessité » qui figure sur l’attestation de sortie dérogatoire.

La liste des dits achats n’a pas été fournie mais il y a bien sûr d’abord nécessité de boire et manger (bien qu’un petit jeûne ne fasse pas de mal) et de se soigner, pour les personnes en traitement. Il apparaît vite que dans l’alimentation, tout n’est pas de première nécessité ; j’ai lu ainsi qu’une dame avait été verbalisée pour avoir acheté un paquet de gâteaux pour sa petite fille.

Bien que l’affaire eût ensuite été minimisée, décrite comme un abus isolé, elle n’en est pas moins symptomatique de l’esprit maladif dans lequel ce confinement est géré : l’obéissant pandore avait bien compris que dans le gâteau, il y a du plaisir gustatif, ferment du péché de gourmandise, qui est en quelque sorte un supplément superfétatoire à l’utilité de se sustenter. « Pas de première nécessité, hop, je verbalise. » Sans pitié.

Cette dame avait peut-être bien elle-même songé un instant que les gâteaux étaient de trop, un luxe auquel elle aurait dû renoncer pour acheter plutôt un bout de pain noir plus nourrissant et qui ne fait pas grossir. Mais elle a étouffé ses scrupules… et fait plaisir à son enfant. La plus inquiétante pensée qui puisse alors venir à l’esprit est qu’elle s’en soit culpabilisée. Pire encore : que d’autres la condamnent.

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Bon, les gens, nous, on s’est fait notre propre liste des nécessités : pain sous cellophane, pâtes, riz, lait, œufs, farine, huile, sucre et PQ. Ces rayons se sont vidés en un éclair à l’annonce du confinement. Donc, en gros, des hydrates de carbone (glucides), de quoi faire des crêpes et de quoi garder le cul propre (pour ça, il y a aussi le savon).

Il va de soi que les petits pots et les couches pour bébés sont nécessaires.

Il va de soi que les croquettes et la litière pour chat sont nécessaires. Les daphnies lyophilisées ? Oui, aussi.

Dans cette catégorie, il y aura encore les patates, les fruits et légumes, les conserves, les viandes, et cetera, avant d’arriver aux denrées de… - comment dire – nécessité secondaire ou de non nécessité. Les cacahuètes et le sauvignon de Loire en font sans doute partie.
Ah non ? OK. Chacun sa façon de juger.

Et nous en arrivons enfin à déterminer un certain nombre de denrées carrément inutiles, dont je laisserai également à chacun le soin d’établir la liste.

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De l’indispensable à l’inutile, notre inventaire illustre notre façon de vivre, résume notre façon de concevoir la vie.
Qu’on applique ce filtre à tous les domaines de la vie sociale (le travail, les loisirs, la culture, le divertissement, l’information, l’éducation, les relations, la santé, la mort…) et cela devient encore plus évident, au niveau individuel, et surtout à l’échelle des groupes humains, des classes sociales, de notre société tout entière, car il s’en dégagera des tendances qu’on pourra comparer avec profit à ce qui existe ailleurs ou a existé chez nous par le passé, tendances qui ont déjà été étudiées par ailleurs.

Combien de fois avons-nous entendu ces affirmations : « Je ne pourrais pas vivre sans téléphone portable », « Mais comment vous faisiez quand vous n’aviez pas la télé ? ».
Comment la voiture nous est-elle progressivement devenue nécessaire dans tous les domaines cités ci-avant et pourquoi l’Internet le sera-t-il bientôt lui aussi. D'abord, on appâte en faisant miroiter les avantages (en partie conférés artificiellement) du nouvel objet ; puis, quand un pourcentage suffisant de la population a été hameçonné, on crée de plus en plus de nécessités absolues de l’utiliser pour forcer les derniers récalcitrants à s’équiper. Ensuite, quand on est tous dans le bain, s'il y a pénurie, on souffre de manque, on tape des pieds pour en avoir.

On nous a imposé la ceinture, le gilet jaune, l’éthylotest, l’alarme incendie. Mauvaise stratégie, car ça a eu du mal à prendre, en dépit du fait que c’était pour notre bien.
Maintenant le masque pourrait devenir obligatoire, et pour un long moment ; c'est ce qu’on entend chaque jour d'un nouvel expert en épidémies ou infections : ils nous avouent ne pas savoir quand finira le confinement. Et là, ça pourrait bien fonctionner. Cette idée me semble en effet suffisamment ressassée pour que la crainte d’attraper le virus dans six mois, un an, chaque année, ait déjà contaminé un grand nombre de nos concitoyens et il se pourrait bien que le panurgien public que nous sommes finisse par être collectivement immunisé contre l’idée de revenir à l’état d’avant, au temps où l’on pouvait voir les dents d’un sourire, se serrer la louche et se biser à tout-va mille fois par jour.
Ainsi au fil de cette mésaventure virale sans fin, nous aurons bientôt intégré la nécessité de nous protéger éternellement de nos congénères et inscrirons le masque, les gants et le désinfectant sur la liste des fournitures de première nécessité - et pourquoi pas la puce électronique sous-cutanée capable, pour notre bien à tous, de repérer tel ou tel symptôme de telle ou telle maladie. Et si la production ne suit pas, nous réclamerons véhémentement contre ce que nous appellerons un scandale.

Comme toutes ces fournitures (médicales ou grand public) sont jetables, il y a un sacré paquet de fric à se faire ! Elles ne sont pas non plus recyclables, forcément.

vendredi 17 avril 2020

Journal de déconfinement – jour 32

R... m'a fait remarquer que j'ai envoyé hier matin et hier soir, donc le même jour, les jours 9 et 10 de ce journal. Ce n'était pas volontaire. Sans doute mon temps a-t-il perdu ses repères. Déjà qu'en temps normal, je ne sais pas la date, et des fois même pas l'heure, comme quand j'étais gosse ! Ca n'a presque jamais de conséquences mais j'ai décidé, en réponse à R..., de renuméroter les pages de mon journal en partant du 17 mars, à 12h, à cheval donc sur les jours du calendrier. A l'instant où je vous écris (9h30), c'est donc pour vous le jour d'avant, c'est-à-dire le trente-et-unième de déconfinement. Je n'exclus pas de bousculer même bientôt la concordance du journal avec le calendrier, s'il s'avérait que le temps ralentisse encore à mesure de l'accélération de la vitesse avec laquelle nous approcherons du trou noir du 11 mai, et ce conformément à la théorie de la relativité restreinte du génial, et néanmoins fou, Albert Einstein. 
Vous avez encore réagi. Et ça m'a fait grand plaisir.


R... a répondu aux question :
"J'ai été contrarié par le comportement de certaines de mes connaissances et par contre surpris par l'attitude de nos enfants qui nous ont permis de nous confiner totalement afin de nous préserver. Ce que je souhaite ? Revenir à une vie normale, c'est tout. Qu’on comprenne l'origine de ce virus pour ne pas revivre cette situation. Qu’on favorise la recherche et se rappelle que la santé des individus prévaut sur tout "quoi qu'il en coûte"."


Jo... aussi :
" - Qu'est-ce que le confinement a changé dans ma vie ?
Pas grand chose. [...] j'ai mon ordinateur, mes livres, mon jardin, ma maison et la télé. Je ne suis pas une accro du shopping et je ne faisais même pas les courses alimentaires que je laisse à mon conjoint qui adore faire un brin de causette avec les caissières et les amis rencontrés à la superette. Bien sûr j'ai dû arrêter le yoga, la marche et le scrapbooking que je pratiquais dans des associations. Mais je peux le faire aussi seule. Je commence à bien connaître les chemins autour de chez moi. 
- Qu'est-ce qui me manque ? 
Mon petit-fils. Et avoir des informations sur les autres problèmes dans le monde. Qu'en est-il des guerres au Moyen-Orient, en Afrique ? Où sont les réfugiés ? Plus aucune information sur les problèmes environnementaux.
- Quels sentiments tel et tel changement ont-t-il éveillé en moi ?
du plaisir - j'apprécie le silence environnant, j'observe plus souvent la nature, et je n'ai plus d'obligations (agenda vide, super!!) ; l'espoir que les gens se tournent vers la décroissance ; de l'incompréhension quand certains trouvent le confinement insupportable (nous ne sommes pas en guerre, obligés de nous terrer à la cave pendant des bombardements) et que d'autres dénoncent leurs voisins (la délation m’écœure)
- Quels changements me paraissent possibles et souhaitables dans la vie d'après ?
Retrouver une autonomie alimentaire, manger moins de viande ; retrouver une autonomie sanitaire (matériel et médicaments fabriqués en France) ; supprimer ses déplacements automobiles sur de petites distances...
L'action :
...cette pandémie est une conséquence de l'action de l'homme sur son environnement. C'est au niveau des gestes favorables à l'environnement qu'il faut agir. Pour ma part, je fais déjà pas mal [...] mais j'aime voyager. J'ai quelques projets de voyages à vélo mais aussi un dernier en avion et là ce n'est pas écolo. Est-ce que les points gagnés par une bonne conduite générale peuvent m'autoriser un voyage aéroporté une fois tous les 5 ans ?
Bon pour l'instant il n'en est plus question."


N... revient sur "ce qui sauverait Volmerange de cette circulation ; ce serait que l’essence et les cigarettes soient au Luxembourg au même prix qu’en France"


JL... m'envoie ce lien : Grand Corps Malade – EFFETS SECONDAIRES (Vidéo Lyrics)


Quant au message de V..., il m'a enchanté :
"Oui Richard, oui et plus que jamais oui à toutes ces réflexions que tu partages avec nous.
Des odeurs retrouvées dans la rue, dans mon jardin, des sons, des bruits qui me rappellent ceux que j'entendais pendant mon enfance : le vent, les insectes, les casseroles des voisins qui s'activent, des sourires, des rires, certes lointains mais sincères. Des sensations dans mon corps. Oui ça fait du bien.

Je refuse le monde virtuel, les écrans, même si je dois bien admettre qu'en ce moment ils permettent de garder le lien.
Je sais que je vais galérer en tant que “jeune” intermittente, mais je ne lâcherai rien ! Et là, figure toi que l'éducation nationale qui me validait depuis 4 ans ma disponibilité vient de la refuser !
La raison : reprendre du service pour palier au manque d'effectifs de la rentrée prochaine... et pour faire face au périlleux déconfinement !

Ma vie m'appartient depuis 4 ans, et j'ai tout fait pour : remise en question, lâcher-prise, formations, changement de résidence, créations, etc... Je compte bien conserver cette vie et continuer à l'enrichir pour aller bien ! Je compte bien continuer de proposer mes visites clownesques en Ehpad ! J'ai appris à prendre soin de moi, pour mieux prendre soin des autres et je compte bien poursuivre tous ces engagements. Je compte bien jouer mes spectacles.
Il faudra de la patience, ça c'est sûr, mais je l'ai et je l'aurai plus que jamais.
Poursuivons et partageons nos rêves et nos espoirs."

Vous avez compris que V... a vaincu ses appréhensions, rompu ses chaînes, osé sa vie.
Et c'était bien avant que le virus nous donne à réfléchir !

A demain, les amis.

Ecoutez donc un peu Bernard Friot (et remarquez le petit passage sur le salaire attaché à la personne et non au poste de travail) 

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jeudi 16 avril 2020

Journal de déconfinement – jour 10

Ce matin, 16 avril, Francine avait rendez-vous à l'hôpital Bel-Air, du CHR Metz-Thionville, qui, vous l'avez appris, crie très fort à la pénurie de matériels de protection. D'où une petite appréhension - pas pour ce qui l'attend, mais à cause du virus. Elle s'équipe donc du masque qu'elle a cousu elle-même ainsi que d'une paire de gants et d'une de secours qui se trouvaient dans la trousse de premier secours d'origine de la Mercedes, notre précédente voiture, plus le flacon de gel.
Dans la descente vers Kanfen déjà, je remarque un regain de trafic : nous croisons une vingtaine de voitures, contre deux seulement  il y a quinze jours. Sur l'autoroute, il y a surtout des camions, qui se suivent en direction du Luxembourg, à bonne cadence, pas loin les uns des autres.
Aux abords et à l'accueil de l'hôpital, presque personne. Je ne suis pas autorisé à accompagner mon épouse. Si l'opération foire, elle mourra donc toute seule (je déconne). Je l'attends sur le parking payant, quasiment vide, alors qu'il est d'habitude bondé. Comme je risque d'attendre un bon moment, vu qu'on est arrivés très en avance, je vais jusqu'au boulanger d'en face acheter une baguette et le journal. Il y a une petite queue, que je n'ai même pas remarquée : je crois bien que je suis passé devant un monsieur, mais il n'a pas protesté. Dedans, tout est fait dans les règles des barrières de sécurité. Quand même, c'est étrange : l'un a des gants, pas de masque, l'autre l'inverse. Le virus surfe-t-il sur l'odeur du pain ?
Je jette la baguette dans la voiture et cherche un endroit où m'installer pour lire le Rép-Lo. Des gens que je croise, une personne sur deux porte un masque, toutes (moins une) font un écart, un couple s'efface même pour, dans un passage étroit, me laisser passer. Je les sens bien craintifs. Je change de direction pour ne pas les gêner davantage.
Me voilà sur un des bancs devant l'entrée de l'hôpital. Avant ça, je m'étais demandé si je pouvais sans danger m'asseoir, si je ne devais pas d'abord tout essuyer avec le mouchoir imbibé d'eau de Cologne que je trimballe dans un sac congélation étanche et qui m'a déjà servi à me désinfecter les mains après le contact du comptoir de la boulangère. Je songe que nous irons tout à l'heure faire des courses et que là-bas, tout le monde aura touché à tout, avant et après nous, et que personne ne saura jamais si le virus y était ou pas. Ce genre de situation peut se révéler effrayant, pour les âmes sensibles en particulier. 
Ca me rappelle les consultations de nourrissons auxquels nous allions présenter nos fils dans les années soixante-quinze et seize. La pédiatre voulait qu'on stérilise absolument tout ce que touchait le bébé, y compris la pince avec laquelle nous retirions le biberon du stérilisateur. Quand je lui ai demandé si on devait aussi stériliser nos doigts, elle n'a pas ri. La réponse devait être "oui". Les années qui ont suivi, on a appris que les petits américains étaient davantage sujets aux maladies que nous parce qu'ils ne frottaient pas assez leurs tartines contre les murs. Ah, la science médicale, ce n'est une chose merveilleuse que jusqu'au moment où elle prétend avoir trouvé le remède - unique et absolu. 
L'arrêt Citéline est juste à côté de mon banc. Deux bus viennent de s'y arrêter. Dedans, les gens sont éloignés les uns des autres, mais il ne faudrait pas qu'ils soient plus nombreux. Enfin, heureusement que les transports en commun fonctionnent, parce que les gens d'ici n'ont pas beaucoup de solutions pour les produits de première nécessité : la pauvre galerie marchande où j'ai acheté le pain est à moitié en ruine. Il n'y reste, outre le boulanger, qu'un salon de coiffure (fermé) et les pompes funèbres. Le reste des devantures est placardé d'une immense publicité pour le projet municipal : "La Côte des Roses [le quartier populaire de Thionville], un poumon vert de la ville !" En lisant bien, je comprends qu'ils vont juste y planter des arbres et tracer des chemins de promenade. Au chapitre des activités commerciales et de la vie sociale : nib, que dalle. La première épicerie doit être à deux kilomètres. Donc, merci le bus.
L'entrée des urgences est aussi juste en face de moi. Et je suis frappé de n'avoir pas encore vu une seule ambulance débouler, toute sirène hurlante. Durant les deux heures passées là n'est en fait arrivé qu'un taxi dont le chauffeur a dû monter la rampe en poussant son client dans un fauteuil roulant. Je songe à la fois où j'avais moi-même été admis aux urgences : les patients n'arrêtaient pas d'arriver. De mon brancard, je voyais passer des vieux appareillés, des bras cassés, des têtes bandées, des fiévreux, et aussi des gens comme moi qui s'étaient juste affolés pour pas grand chose. Seulement ce jour-là, mon médecin de famille ne recevait pas et le médecin de service était à trente kilomètre de chez nous ; les urgences, étant seulement à quinze... Bon, le personnel de l'hôpital, entre analyse de sang et radio, m'avait laissé poireauter une vingtaine d'heures dans un couloir, mais tout le monde avait été très courtois et attentif à ma petite misère. 
La première fois que Francine est allée au urgences (qui justifie sa visite d'aujourd'hui), je suis resté à l'attendre en vain pendant plus de deux heures. Croyez-moi, j'ai assisté à un ballet incessant d'ambulances, trois ou quatre en permanence tête à cul, en attente avec le blessé à l'intérieur. Et là, ce matin : rien. Oui, évidemment, il y a moins d'accidents de la route, moins d'accidents du travail, moins d'accidents de loisirs, moins d'accident de sportifs. Quand on ne fait rien, on ne risque rien. Mais peut-être y a-t-il d'autres explications.
Peut-être qu'une meilleure répartition des rôles avec la médecine de ville et les cliniques privées...
Ca fait un petit moment que j'ai envie d'aller aux toilettes, mais je n'irai pas. J'ai été traumatisé, pour avoir lu, il y a déjà longtemps, que des chercheurs avaient découvert qu'on relevait au moins 36 urines différentes sur un distributeur de cacahuètes de bistrot. Alors dans les chiottes, vous pensez. Mais c'est sans doute de ma part une simple phobie...
J'ouvre le journal : bad trip ! une pure sidération. De la une à la page 28, tout est coronavirus. La moitié des articles sont redondants. Et toute info se voit délayée dans un verbiage répétitif des plus assommants. Tout événement est ramené au coronavirus, jusqu'à la survenue des chenilles de printemps qui ne “connaissent pas le virus”. Suivent sept pages d'avis de décès, une de pub Auto-Moto, deux de sport empêché par le corona, une pub de Norma, le programme télé et la météo. Consternant. Je regrette l'euro que cette rame de papier m'a coûté.
De l'hôpital entrent et sortent régulièrement des malades de tous âges ; et  beaucoup de femmes enceintes - j'aime bien : c'est le symbole de la vie, la vie elle-même. Il y a aussi un va-et-vient d'ambulanciers et de chauffeurs de taxi. Une jeune femme avec un landau peine à gravir une volée de marches. En temps normal, je l'aurais aidée. Là, je voudrais, en compensation, simplement lui sourire, mais son regard m'ignore. 
Et puis s'en vient une jeune maman, tirant une valise et poussant un landau enguirlandé de sacs, de vêtements, dans lequel est sans aucun doute son nouveau-né ; elle a l'air un peu défraîchi, mais elle sourit, et son visage est radieux. Le papa a surgi du parking, venant vers elle vivement ; ils échangent un baiser. Je les regarde s'en aller, si proches l'un de l'autre, c'est bien.
 Francine arrive à son tour : tout est OK. Son toubib a fait du bon boulot. Nous l'applaudirons, lui aussi.

Journal de déconfinement – jour 9

Le déconfinement se prépare, partout en Europe, malgré des questions qui demeurent sans réponse, parce que quasiment rien de ce virus n'est connu.
J'imaginais hier que nous pourrions organiser nous-mêmes notre déconfinement... en prenant au mot le président qui disait que, après cette crise, le monde ne serait plus pareil. L'idée d'un auto-déconfinement signifie bien sûr que nous inventions dès à présent une vie d'après qui soit meilleure, non pas seulement chacun dans son coin et pour soi, mais collectivement et pour tous.
Allons-y, interrogeons la chose ! Pour ce faire, je suggère ci-après un guide - oui, un peu scolaire : c'est le métier qui transpire encore.
Premièrement, les faits : 
Qu'est-ce que le confinement ou la crainte de la maladie ont changé dans ma vie ?
Qu'est-ce que le confinement ou la crainte de la maladie ont, de mon point de vue, changé dans la vie de tous ?
Deuxièmement, l'affect :
Quels sentiments tel et tel changement ont-t-il éveillé en moi (désespoir, contrariété, agacement, indifférence, surprise, plaisir...) ?
Qu'est-ce qui me manque ? Qu'est-ce qui ne me manque pas ?
Est-ce que je désire revenir à telle et telle situation d'avant ou conserver celles de pendant le confinement ou en créer d'autres encore – et lesquelles - ?
Troisièmement, la raison : 
Selon quels critères dois-je juger ces changements et les sentiments qu'ils induisent ? 
Est-ce que, selon ces critères, je dirais de tel et tel changement qu'ils sont un bien, qu'ils sont un mal ?
Quels changements me paraissent possibles et souhaitables dans la vie d'après ?
Quatrièmement, l'action :
Comment ferai-je pour qu'adviennent les changements désirables pour moi-même et pour tous ?
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Prenons un exemple qui a déjà dû vous venir à l'esprit :
- je n'utilise plus ma voiture, les voisins non plus, les gens qui allaient travailler au Luxembourg ne passent plus, ma rue est vide et silencieuse, le village aussi
- je suis sorti faire un petit tour, j'ai marché sur la départementale qui va vers Dudelange, au milieu de la chaussée, j'ai aimé ce sentiment de sécurité
- ne plus entendre le grondement continu des moteurs, ne plus être à l'affût du danger, m'a reposé
- j'ai été surpris de sentir les odeurs de frichti qui s'échappaient des maisons ; cela m'amusait parce que j'imaginais les gens et je me revoyais enfant dans la même rue avec beaucoup plus d'odeurs encore
- je n'ai rencontré personne ; après quelques minutes, j'ai ressenti une certaine gêne, ça aurait pu devenir angoissant
- je me suis rendu compte que j'étais sorti sans but ; la rencontre de quelque connaissance m'en aurait fourni un
- j'aimerais bien que les rues restent vides de voitures mais se remplissent de gens, qu'on puisse se serrer la main, se sourire, parler (même que je ne ferais pas la gueule si par mégarde quelqu'un me postillonnait dessus)
- je me rappelle que la pollution de l'air et le réchauffement climatique sont des problèmes qu'il nous faut résoudre au plus vite
- sans les voitures, ce serait mieux pour l'air que nous respirons et  mieux pour le climat
- je vais ressortir mon vélo, j'en parlerai à mes amis, ensemble nous donnerons l'exemple, nous formulerons des propositions au maire...
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Ca ouvre des perspectives, n'est-ce pas ? Et je ne suis que retraité ! Car si j'étais chaque jour obligé de me rendre en bagnole au Luxembourg... Hein ?

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mercredi 15 avril 2020

Journal de déconfinement – jour 8

On a bien senti, dans le dernier discours du président, que du côté du gouvernement et des gros patrons, les chevaux de l'économie piaffent d'impatience pour une reprise ; c'est qu'ils craignent, davantage que la catastrophe sanitaire, la récession : "Il y aura cette année une croissance négative de moins 8%" (s'affole RTL), le temps presse. Quoique le CAC40 continue son business inutile... il y a toujours moyen de s'enrichir sur le dos d'autrui (mais pour ça, il faut déjà être riche). Bref. Le chef a annoncé le déconfinement. Et les premiers qui en bénéficieront, ce sont les écoliers. 
Ca inquiète forcément puisque, à peine annoncé, a commencé le cafouillage sur les modalités de mise en oeuvre de cette rentrée - comme tout, d'ailleurs, a cafouillé depuis le début (*),- signe que rien n'a été  préparé, ni même pensé. Du coup, vous m'avez écrit.

Des enseignants :
G. : "Réouverture de la grande garderie nationale ! On parle des tests pour les personnels soignants mais on oublie d'avance ceux des adultes des établissements. Pour répondre au fait qu'on interdit les lieux de rassemblement mais qu'on ouvre les écoles, ce matin Jean Mich' préconise de ne pas faire comme avant : un mélange de cours en petits groupes, de télétravail...“ Un sacré boulot d'organisation en plus ! ” ...je vais donc servir au laboratoire de l'immunité collective, j'aurai un rôle important !"
P. : "Macron est illogique : 30 élèves dans une classe le 11 mai, mais pas de resto.... Peu ou pas de protection pour les élèves et les profs. Serions-nous avec les soignants, et les travailleurs “indispensables” les outils d'une immunité de groupe à atteindre ?"
Des parents :
C. : "On a besoin de relancer l'économie donc on va commencer par se débarrasser des enfants à l'école pour que les parents puissent aller bosser. On va continuer de ne dépister que les personnes avec des symptômes (parce qu'on a encore pas assez de tests; et après on en fait quoi des personnes positives?) donc on va continuer à faire proliférer le virus. [...] je ne vois pas comment on va pouvoir sortir correctement du confinement dans ces conditions. Personnellement, le fait d'avoir des enfants qui seront à l''école, signifie la fin de ma vie sociale pour quelques temps si je veux protéger mon entourage. [...] Je me demande vraiment comment il est possible de rouvrir progressivement les écoles, crèches, etc...tout en respectant la fameuse distanciation sociale qu'on nous demande de respecter. Et je suppose, que les instits, profs n'auront pas les moyens de refuser cette reprise.
Je trouve que c'est vraiment, encore une fois du foutage de gueule d'envoyer des messages contradictoires. Comme dès le début de la crise où on nous avait dit de rester chez nous mais quand même d'aller voter !"

Tout est dit. 

Les gens (nous, vous et moi) sont en colère. Normal : l'intelligence de tout être humain réclame de comprendre à quoi sert ce qu'il fait, et davantage encore si on le lui impose. Mais là, ils ne comprennent pas la logique des mesures prises, ils en voient au contraire toute l'incohérence. Le problème, c'est le président : il parle comme s'il était sûr de faire les bons choix, sans jamais citer ses sources, ni nous expliquer comment il en arrive à de telles décisions. C'est insupportable.
S'il avouait la vérité, que les scientifiques ne sont pas d'accord entre eux mais qu'il a choisi d'écouter untel plutôt qu'un autre et que malgré ça, il ne sait pas où il va nous mener parce que oui, nous n'aurons jamais assez de masques et de tests pour tous les travailleurs, et qu'il assume le désordre qui s'en suit... qu'est-ce que les gens diraient ? "Hou ! l'incapable !" Oui, il y en aurait bien quelques-uns, mais je crois plutôt que la plupart lui en seraient reconnaissants.
 Cet aveu nous libérerait en effet d'un poids, du poids oppressant de la bureau-technocratie, tout cet appareil d'état qui pense pour nous, agit en notre nom, nous impose ses solutions (toujours les mêmes). Nous saurions enfin, officiellement, qu'il n'existe pas de solution miracle, ni unique, qu'il n'y a pas tout à attendre de l'état, comme il n'y a rien à attendre du capitalisme financier.
Le type qui avant disait "Tous des branleurs. Ils ne savant même pas ce qu'ils font. Ils servent à rien. Je vais plus voter." et qui rentrait chez lui se confiner dans une passivité de spectateur du monde, pourrait et devrait en conclure que "Je ne peux donc compter que sur moi-même... ? et sur mes proches, mes voisins, mes collègues ?", et puis s'en aller trouver tous ceux-là et avec eux reprendre en main son destin, petit à petit, en commençant par les choses les plus banales de la vie quotidienne.
C'est ce que font parfois les ouvriers, les ouvrières, quand les patrons ferment l'usine pour la délocaliser et se barrent avec la caisse et le matériel : ils créent un comité, un conseil, ils occupent les locaux, ils continuent la production, ils vendent la production pour eux-mêmes et ils découvrent que ça marche. Le seul obstacle, l'ennemi de leur travail, celui qui va chercher à les détruire, c'est le propriétaire de l'usine ou l'actionnaire : lui, il se contrefiche bien que le salarié mange ou pas, que l'usine produise des masques ou des godemichés; lui, il veut-son-fric et la loi est faite pour accéder à sa demande. La justice lui donnera raison et l'état enverra les flics tabasser les rebelles et les foutre dehors. 
Mais, quelquefois ça ne fonctionne pas. Certains juges résistent...
Alors le 11 mai, et même d'ici le 11 mai, les profs et les parents ne pourraient-ils organiser eux-mêmes conjointement, collectivement, à l'échelon local, leur déconfinement, trouver les aménagements et le matériel nécessaire, organiser la progressivité, les emplois du temps, les priorités, résoudre au plus proche et au mieux les problèmes que cela pose à chacun, dans son département, sa ville, son quartier, son travail... y compris décider de ne pas se déconfiner ? Pas forcément viser la lune, au moins réfléchir, prendre des initiatives, les proposer officiellement, faire front ! Avec la messagerie de l'école, ce serait facile.
Et si là était la leçon ?
(*) Piqûre de rappel que J. vient de m'envoyer : tout y est. https://www.facebook.com/brutofficiel/videos/679855826158062/

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mardi 14 avril 2020

Journal de déconfinement – jour 7

13 avril, 2020. Ca y est le président nous a causé.
Ce qu'il a dit :
  1. "Ca va mieux", grâce au formidable élan de la nation, grâce aux 1ère lignes, les soignants, 2ème lignes, les caissières, 3ème lignes, ceux qui applaudissent du balcon", et grâce à moi qui pilote tout ça.
  1. "Il y a eu des cafouillages, certes, mais c’était pas de ma faute, tous les pays ont merdé."
  1. "Nous, la France, avons cependant merveilleusement réussi dans ce combat (nous avons doublé la production de masques !)"
  1. Malgré ces excellentes nouvelles, "c'est la mort dans l'âme que j'ai décidé que vous serez confinés jusqu’au 11 mai".
    On le savait déjà, vu que nos médias l'avaient prédit. Tout le monde avait noté aussi que le Luxembourg avait annoncé dès le départ un confinement jusqu’au 3 mai. Xavier avait sans doute des renseignements que Manu n’a pas eu. D'autres dirigeants européens également. 
  1. "Ma fierté, c’est que le pays continue à vivre"
    On a envie de lui répondre : "tu parles d'une vie : entre quatre murs..." Mais non, il ne s'agit pas de ça : il dit que le pays a continué de travailler. Parce que pour lui, la vie, enfin, notre vie, notre but sur terre, c'est de travailler.
  2. "Après le 11 mai, nous ferons des tests à grande échelle (enfin pas trop) et vous porterez des masques" que nous distribuerons  - gratuitement ? "Euh, faut encore voir" a dit un quelconque ministre ce matin
    Oui, peut-être qu’on aura enfin le matos... Là, je me demande pourquoi il ne dit pas, comme l'a fait le gouvernement espagnol, qu’en juillet, on ira à la plage avec un masque ? Il n'a peut-être pas le renseignement...
  1. Ah ! autant pour moi : "Comme nous n’aurons pas l’immunité collective" (évidemment à cause du confinement) "il faudra attendre le vaccin" pour sortir définitivement du confinement.
    Les laboratoires pharmaceutiques se frottent les mains : ce vaccin-là va faire un carton. Les premiers à le sortir auront certainement sauté l'étape test sur les souris. Et comme la demande sera forte, il va se vendre à prix d'or. Ah ben oui, les pays pauvres seront servis les derniers. 
  1. C'est dit, après ça, "il y aura une refondation" On se rappelle son fameux livre "Révolution".
    Et si on reprend ça et là quelques bouts de phrases, ne dirait-on pas du Mélenchon ? - "annulation de la dette des pays africains" - "les soignants sont mal payés" - allusion au "jours heureux" du Conseil de la Résistance, à la Révolution Française même ("ce que la France a engagé il y a deux cents ans") - il parle même de "planifier", "d’indépendance de notre économie", de la démocratie qui ne saurait être arrêtée par un virus… enfin, seulement du bout des lèvres tout ça, histoire de suggérer, de ratisser de nouveau à gauche.
  1. Car le plus important, bien sûr c'est qu'il faudra "rebâtir l’économie".
    Comme avant. Nous savons d'ores et déjà que les salariés seront mis à contribution, dixit le MEDEF et le gouvernement. Pour ce qui est des actionnaires, des boursicoteurs, des grandes fortunes, pour l'instant, ils passent sous le radar.

Ce qu'il a laissé entendre :
Tout au long de ce poignant discours, ému jusqu'à parfois oser une buée sur la cornée, le bon président parle de NOUS, les Français (pas le peuple, la nation !), de nos soignants, nos policiers, nos vieux, nos éboueurs... On sent qu'il a grande envie que nous le comptions comme un des nôtres, que nous acceptions de faire,  derrière son panache blanc, l’union sacrée nationale, que nous le regardions comme un vrai chef.
Mais oui, le chef pour lequel il se prend, parce par ailleurs et en même temps, il n'arrête pas de dire :  j'ai fait ci, j'ai fait ça, j'ai demandé au gouvernement de..., j'ai décidé que..., comme si à lui tout seul il avait eu toutes ces bonnes idées et que les autres ne pouvaient rien sans lui. Un peu d'humilité, merde !
Et de transparence aussi ! Qu'est-ce qui s'est dit, par exemple, dans le fameux huis-clos avec le Pr Raoult ? Ils ne vous le diront pas. Moi, je sais : "Bon, Didier, tu fermes ta grande gueule, t'arrêtes de me chier dans les bottes et en échange, je [l'état] te finance à 100% ton hôpital. - Marché conclu, Manu." Pour le reste des consultations, tractations, avec le MEDEF et les industriels, vous ne saurez jamais rien : comme il y a un secret des affaires, il y a un secret des politiques, parce que vous êtes trop cons pour comprendre. "La preuve : vous êtes tout de suite prêts à imaginer des complots." 
Enfin, le brave homme a quand même entendu la souffrance des Français. J'ai ainsi retenu deux mesures phares, comme disent les journaleux :
1. "les visites aux mourants seront désormais autorisées". Là, ma femme a eu la larme à l’œil et je me suis pensé : "merde, demain, on aura droit au sondage sur sa cote de popularité qui explose"
2. "le gouvernement apportera une aide aux ménages et aux petites entreprises" [mais mercredi prochain - et puis non, ce matin on apprend que ce sera seulement dans 15 jours] : « j’ai demandé aux… je souhaite que les… entreprises, banques et assureurs fassent un geste… » Pff ! Il nous refait le coup de la prime de Noël aux gilets jaunes. Autant pisser dans un violon. 
Et voilà pour finir en beauté, un faux mea culpa en toute fausse humilité : "Pour l’après coronavirus, nous devrons nous réinventer... moi compris. » 
Comment ? Ca, il ne peut pas le dire, parce que réinventer est un mot qui ne veut rien dire (on n'invente qu'une fois, après, c'est du réchauffé) et qui donc laisse supposer tout et son contraire, donne à boire et à manger à tout le monde.
Mais ce que la formulation signifie clairement, c'est que Lui n'est pas dans Nous. Il y a Nous, la masse, d'un côté et Lui, seul, de l'autre, face à face, à égalité d'importance.
J’ai pensé à ce pasteur américain pris la main dans le sac à saloperies qui venait dire sa contrition à la télé pour sauver son business. Du grand art. Quel artiste !
Et aussitôt après, France 2 enchaîne avec un long dossier qui répète exactement point par point les thèmes du discours présidentiel et les justifie. Tout ça était méticuleusement préparé.
Bref, la mise en scène politique continue.
Entendre ici ce qu'est la société du spectacle : https://www.youtube.com/watch?v=LAibRpDB9qM

lundi 13 avril 2020

Journal de déconfinement – jour 6

Ce matin, la cité se trouve emplie de héros - le héros est celui qui concourt à sauver des vies en risquant la sienne - : le médecin, l'infirmier, l'aide-soignant, bien sûr, mais aussi la lingère qui lave les draps infectés ("Les petits salaires sont en première ligne, à l'égal du personnel soignant."), le livreur de repas gratuits aux soignants exténués et pressés, l'employé municipal qui visite les personnes seules... Le héros n'a même pas besoin de sauver une vie, il lui suffit de risquer d'attraper le virus ; par exemple, en allant récolter des asperges. Nous vivons donc en ce moment la grande fraternité de l'héroïsme !
Bien que nous, qui restons sagement à la maison, ne soyons nullement de cette étoffe, nous pensons faire rejaillir un peu de leur gloire sur nous-mêmes en les applaudissant chaque soir à heure fixe, essayant de nous convaincre que ce rite dérisoire leur donne un surplus de courage et de force pour retourner au front. Et quand on demande aux intéressés "Alors, ça fait du bien, hein, d'avoir le soutien des Français", que voulez-vous qu'ils répondent ? "Où étiez-vous au temps que nous vous réclamions du soutien ?"
Faut-il aussi applaudir les ouvriers de PSA qui ont repris la production malgré le confinement ?  
A l'opposé du héros, il y a le salaud, celui qui met la vie des autres en danger, par exemple, en allant dans les bois sans autre raison que de s'y promener. Mais en quoi ce flâneur solitaire crée-t-il du danger pour lui-même ou pour autrui ? ... ? Du moment qu'on se tient à distance les uns des autres et qu'on porte un masque, on ne risque rien. Non ? Alors la raison véritable pour laquelle ce type est un salaud, c'est qu'il contrevient à la loi. C'est cela en fait, cette bravade, cet outrage à l'autorité, qui doit nous paraître insupportable. Et c'est pourquoi on nous en rebat les oreilles.
J'ai entendu que le maire de La Baule réclamait du gouvernement davantage de fermeté et de restrictions sous prétexte qu'il avait vu des jeunes bourrés sur la plage. Il n'est pas seul à être cité ainsi en exemple. Ils sont même nombreux, en ce moment, les maires qui profitent qu'ils soient réquisitionnés afin de faire respecter les ordonnances de confinement pour se gonfler le jabot et jouer les petits chefs. Certains maires voudrait-ils être de nos héros ? Normal, il y a encore deux mois, ils pleurnichaient qu'ils n'avaient plus de pouvoir de décision, plus de moyens d'action, et que dans ces conditions ils allaient jeter l'éponge... Et là, ils sont invités par le gouvernement à exercer, main dans la main avec lui, leur pouvoir de police. Au risque d'attraper le virus ! Comme c'est valorisant. Pour le reste, rien n'a changé. 
Voilà donc les élus locaux transformés par la grâce du C-19 en simples flics. Il est vrai que c'est pour notre bien, pour nous protéger de nous-mêmes, parce que tels des enfants trop insouciants qui n'ont pas leur plein jugement, nous ne comprenons pas l'enjeu de tout cela : nous ne pensons qu'à nous amuser. Heureusement donc que les flics sont là pour nous ramener à la raison, à coup d'amendes astronomiques et d'humiliations en prime ; pas seulement les quelques provocateurs ou inconscients qui ne se soucient pas de véhiculer ou non le virus, mais aussi les promeneurs solitaires et respectueux des gestes barrières qu'on ira engueuler du haut d'un hélico ou d'un drone avant de les verbaliser. Jamais, à aucun moment, nos autorités n'ont fait appel à notre intelligence, à notre jugement, elle n'ont fait qu'user d'autorité : "Restez chez vous et applaudissez !"
Les flics, eux, sont obligés de sortir malgré le confinement. Ils risquent donc de choper et transporter le virus. Sont-ils des héros ? Ce serait logique, mais personne n'a encore osé les applaudir. Eux-mêmes n'ont d'ailleurs pas eu l'idée d'applaudir les soignants, comme l'ont fait ostensiblement les pompiers et les ambulanciers. Quelque chose a sans doute du mal à passer. 
Comme disait ma femme, ce serait rigolo qu'un CRS se fasse soigner du C-19 par l'infirmière qu'il a gazée et tabassée lors d'une manif. Elle lui demanderait pourquoi il a fait ça et lui, que voulez-vous qu'il réponde ? "Je ne faisais que mon métier, comme vous". Vilain métier, en vérité !

Parmi les infos qui provoquent ma sidération :
1. un collectif de citoyens qui n'ont pas pu accompagner leurs parents au cimetière réclame un monument national sur lequel soient inscrits les noms des morts du C-19.
- Et pourquoi pas une journée nationale du souvenir... !
2. - Ah non ! s'écrie le MEDEF, qui a d'ores et déjà prévenu qu'il allait falloir bosser maintenant, supprimer les jours fériés, sucrer les congés, augmenter le temps de travail (au même salaire, bien sûr) ; menaces répétées aussitôt par le gouvernement.
3. Un député LREM a suggéré que les mesures prises par ordonnances pendant l'état d'urgence soient inscrites dans la loi. (il prépare le terrain)


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