dimanche 29 octobre 2017

A chaud (ou presque) : Petit Papa Noël, selon Saint-Macron.

Macron est allé en Guyane pour se foutre de la gueule des gens : « Je ne suis pas le Père Noël » a-t-il dit aux sinistrés de la République qui attendaient de l’état français qu’il remplisse sa mission de solidarité. Mais bien sûr, Macron pense que l’état n’est pas là pour aider les pauvres à s’en tirer pas trop mal, il pense que l'état est fait pour aider les riches à s’en tirer encore mieux. Démonstration.

On peut se demander, par exemple, si cette nouvelle sortie est un aveu d’impuissance ou carrément un pied de nez.
Côté impuissance, oui, oui, d’accord, l’état est super endetté (paraît-il), et alors le pauvre Macron, malgré toute sa bienveillance pour les pauvres gens des dom-tom ne peut pas leur donner de l’argent pour créer une université, ou des emplois dans les hôpitaux, ou dans la police, ou pour soutenir l’activité économique, etcetera, puisqu’il n’en a pas, de l’argent, le pauvre. D’où son « Je ne suis pas le Père Noël ». Logique.

Là où ça fait pied de nez, foutage de gueule, c’est quand on compare ce « niet » sec et méprisant avec les cinq milliards (5.000.000.000) d'euros de cadeaux fiscaux qu’il fera aux riches au cours de l’année qui vient (soutenu par une assemblée de députés EM juste élus pour bouffer au râtelier). Ah oui, ça vous reste en travers du gosier, les Guyanais, hein ?

Ben à moi aussi ! Je suis franchement dégoûté, parce que moi, qui ai été journaliste à la télé, je fais partie des riches, comme l’a si bien dit Macron lors de sa dernière causerie sur TF1 à mes ex-collègues… Je ne demande que ça, pas gagner plus, juste être considéré comme riche ! Mais putain, vous savez quoi ? J’ai même pas eu droit à la moindre réduction d’impôts, contrairement à Bernard Arnaud, à la famille Bettencourt, à Gattaz, à Bouygues et Bolloré et à tous les autres qui ont vu leur ISF se réduire comme glace au soleil. C’est pas juste, merde ! Si je suis riche, moi aussi, je veux en profiter !

Quoi ? Les pauvres ? Qu’ils n’exagèrent pas, hein, ils ont déjà les compagnons d’Emmaüs, le Secours Catholique, le Secours Populaire, les Restaus du Cœur, ATD quart-monde, l’Armée du Salut, les Petites Sœurs des Pauvres, la Croix Rouge et j’en passe. Alors, ça fait un peu beaucoup, hein, comme Pères Noël.


En fait, Macron, c’est Marie-Antoinette, la bouche pleine de brioche, qui repousse du pied les manants venus lui réclamer du pain : « Fais pas chier. Va juste bosser, puis crève. »

lundi 16 octobre 2017

La comédie du pouvoir - 16.5 La-France des saloperies faites en notre nom

La-France serait grande par son histoire et par sa culture. On nous a gonflés avec ça, et on continue, car il faut qu’on soit orgueilleux, prêt à défendre « nos valeurs », l'honneur de la patrie. En France, tout est meilleur qu’ailleurs, pas vrai ? puisque le monde entier nous envie nos paysages, notre gastronomie, nos artistes, la beauté de notre langue, notre régime de protection sociale... « Glücklich wie Gott in Frankreich ! » disaient les Allemands, paraît-il, avant de perdre la boule. 
Cette supériorité nous autorise à toiser, voire mépriser, les Allemands, les Italiens, les autres pays en général, qui nous le rendent bien et qui, en définitive, sont comme nous, orgueilleux de leurs particularismes, de leur auto proclamée grandeur.

Charlemagne est notre ancêtre, n’est-ce pas ? Charlemagne était donc français avant l’heure, comme l’étaient les Gaulois. Sauf que Karl der Grosse est revendiqué aussi par les Allemands. Ceci dit, le gars parlait en fait un genre de luxembourgeois (selon les défenseurs du platt). Si on s’arrache Charlemagne, c’est parce que dans ce personnage il y a quelque chose de glorieux : son empire. Un grand pays, c’est toujours un empire. C’est pour ça que les Grecs et la Macédoine se disputent actuellement Alexandre, encore un grand, parce qu’il avait « bâti un empire ». Nous, les Français, on a eu notre empire avec Napoléon, et même avant lui, avec nos colonies.

L’empire est constitué quand plusieurs pays sont soumis à un seul. Ca se fait toujours par le glaive ou le canon. Mais jamais on ne demande leur avis aux peuples, l’empire naît seulement des intérêts des puissants. Une rapide analyse montre même que le moindre pays existant aujourd’hui est toujours né des intérêts de quelque monarque, ou de quelque oligarchie - roitelets devenus grands par les conquêtes militaires faites pour eux-mêmes, pour accroître leur territoire et leur trésor, comme par exemple, le roi des Belges à qui appartenait en propre le Congo Belge.

Sont-ce les peuples qui désirent des empires ? Je ne crois pas, les peuples veulent vivre en paix, confortablement, la panse pleine, sans souci du lendemain. L’avancée des colons pauvres dans le Far-West aurait pu être une expérience sociale nouvelle, extraordinaire. Il y avait de la place pour tous, à côté des « Indiens » qui les ont même bien acceptés au début. Là où les sauvages ne voulaient pas des blancs, ceux-ci n’y allaient pas. Mais les capitalistes, dont le métier est de piller les richesses partout où elles se trouvent, ont vite sabordé toute velléité de partage et de paix. De l’or, du pétrole, du manganèse, du cuivre, du bois, tout justifie qu’on élimine les indigènes gêneurs.

Toute l’histoire humaine est ainsi faite de ces massacres ignobles. La France est elle-même composée d’ex-provinces toutes soumises par la force au pouvoir central. Relire « Les Chouans ». Provinces elles-mêmes issues de la réunion des possessions que quelque noble prince aura gagnées par le sang et les larmes. 
Les rois et la noblesse dissous, la bourgeoisie triomphante a pris la relève. Après la Révolution Française, comme après l’URSS, les oligarques d’aujourd’hui sont les descendants des capitalistes de l’ancien régime, parce que le fond du système n’a pas changé : la monnaie continue d’être thésaurisable et le travailleur continue d’être spolié.

C’est pour cette raison que La-France peut à présent se vanter de sa fine culture, de ses artistes, de ses auteurs, de son architecture... comme d’ailleurs n’importe quel pays d’Europe ou du monde où une caste armée a dominé le grand nombre des producteurs sans défenses. Toute cette culture, toutes ces œuvres d’art, ces chefs d’œuvre, n’ont été possibles que par l’exploitation du travail et l’accaparement des biens et des moyens de production. Des millions d’heures de travail, pour créer Versailles, c’est merveilleux ! s’extasie-t-on. Merveilleux aussi, tous les morts sous la charge, à cause des cadences infernales, du fouet, du mauvais traitement, du mépris, de la misère entretenue ? Qu’importe ! Versailles, gloire de la royauté absolue, la République le revendique. Quelle ironie !

Pareillement ironique : La-France a accouché des Droits de l’Homme et du Citoyen pour… ne pas se les appliquer. Combien de fortunes actuelles trouvent en effet leur l’origine dans la traite et l’exploitation des esclaves africains ? Est-ce que les habitants laborieux de La-France avaient voulu ça ? Je ne crois pas. Et quand notre grand homme, Napoléon, le malade qui a embarqué son pays dans une guerre contre toute l’Europe, a assassiné Haïti par les armes et par le blocus qui s’ensuivit, est-ce que le peuple français était pour ça ? Je ne crois pas. Le peuple, il s’en fichait, il voulait juste la paix et du pain, et ce n’est pas la révolte des esclaves haïtiens qui le lui aurait retiré, le pain, mais plutôt ses propres compatriotes, ceux de la bourgeoisie française, puisqu’ils le lui volaient déjà. Relire « Les misérables ».
Et après, les mêmes bourgeois, par la bouche de leurs thuriféraires, nous rejettent la faute, sous prétexte que nous serions bien contents d’avoir du café, des bananes, du cacao, des téléphones portables…

On ne va pas multiplier les exemples, il y en a trop. La grandeur de la France, y compris en ce moment, n’est pas meilleure que celle des autres pays : découlant de la seule cupidité de la caste dominante, ça ne vaut pas le coup que nous nous y accrochions. Soyons au contraire internationalistes, universalistes, contre le principe moteur des pays qui est aujourd'hui la dispute, l’opposition, la guerre.
Il est temps d’abandonner le patriotisme et le nationalisme, pas de la manière dont l’Europe s’est faite, pas pour laisser les mains libres à la ploutocratie mondiale, mais pour avancer enfin vers la civilisation.

Illustration.
Voici un beau poème de M.

Adieu la France

France
qui te suffis à toi même
Je te quitte

Il y a une vie
et du vin
au-delà de tes frontières
Il y a d'autres
fromages ailleurs

France
nous nous sommes longtemps
mal connues
J'ai eu du mal
Tu ne t'es pas donné la peine

Comment t'intéresser ?
Comment arracher ton regard
des peluches de ton nombril ?

France
colonialiste et chauvine
je t'ai aimée
Tu n'as pas su apprendre
mon nom

sans le déformer

lundi 9 octobre 2017

La comédie du pouvoir - 16.4 La-France, c’est du blabla.

Oui, quand vous entendez dire "La-France", méfiez-vous !

Exemple : Macron prétend défendre les intérêts de La-France.
C’est un menteur, d’abord parce qu’il sous-entend que la France, c’est nous, les gens qui y travaillent et y vivent, alors que La-France n’est dans son discours qu’un concept outil, un baise-couillon pour, avec notre assentiment, arriver à ses fins : mettre à genou l’état français, seul et dernier pouvoir gênant l’oligarchie financière toute préoccupée d’étendre sa mainmise sur la société et de défendre ses seuls intérêts, du fric, du fric, du fric.

Macron est un menteur aussi parce que depuis qu’il est au pouvoir (depuis Bercy) il n’a fait que dilapider le patrimoine industriel d’excellence de La-France ; au profit d’autres pays, nous laisse-t-on à penser. C’est vrai pour ce qui concerne les entreprises dont l’état français était propriétaire : capital dilapidé. Mais les nouveaux propriétaires ne sont pas des pays, ce sont des vautours capitalistes qui n’en ont strictement rien à cirer des pays, et donc de La-France. La preuve : ils ne s’émeuvent pas du tout quand les chantiers navals de Saint-Nazaire sont vendus aux Italiens (vous avez entendu le MEDEF ?), ils s’en réjouissent au contraire, car c’est leur propre business qui en profite, tout en continuant de planquer leur pognon aux Caïmans ou au Luxembourg pour ne pas payer d’impôts en France, qui est pourtant le pays où les riches paient le moins (abonnez-vous à Mediapart pour en savoir davantage).

L’état français aurait pu continuer de toucher des dividendes de tous ces fleurons français, et continuer de les diriger pour notre bien commun, mais non, Macron a liquidé le capital de l’état pour expressément y rendre l’état minoritaire, de façon que, lorsque je ne sais quel monstre multinational devenu majoritaire voudra licencier en France, délocaliser en Inde, pomper tout le fric pour mettre ensuite l’entreprise en liquidation et jeter les salariés français à la rue, il pourra le faire - avec la bénédiction de Macron ! - en toute légalité.
C’est bien en cette circonstance que le mot légalité sent fort la dictature du capital : sous prétexte qu’on possède une entreprise, on peut légalement ruiner la vie des gens qui y travaillent. « La propriété, c’est le vol », la formule n’a rien perdu de sa pertinence.

Mais il ne faudrait pas croire que les salariés indiens seront mieux lotis après ça. Au contraire : ils trimeront toujours comme des bourriques et en prime, avec à la fin un tout petit peu plus de pouvoir d’achat sans doute, ils mettront le doigt dans l’engrenage qui fera d’eux des esclaves, définitivement aliénés par le crédit et la frénésie de posséder l’inutile.

Il ne faudrait pas croire non plus que les travailleurs italiens seront gagnants. En fait, rien ne changera pour eux, pas plus que pour les travailleurs américains. Car Macron n’a pas vendu Alsthom aux Américains, il l’a vendue à une société de droit américain, qui garde les mêmes actionnaires français, et qui, plus vite que l’éclair, est en train de liquider la boutique pour en sucer toute la moelle.
Avec la bénédiction de Macron, qui vient en outre de signer dans notre dos le CETA qui permettra aux multinationales de faire condamner La-France, l’état français, nos porte-monnaie, si une loi, disons écologique ou sanitaire, par exemple, entravait la liberté du commerce. Monsanto-Bayer, pas content qu’on interdise son poison glyphosate (le fameux ROUND-UP), pourra ainsi toucher des milliards de compensation pour manque à gagner. Eh oui, les gueux, la santé a un prix.

Vous avez compris ? Dans le libéralisme, il n’y a que le profit qui est libre. Les travailleurs américains, italiens, indiens ou français comptent pour du beurre. Macron, fils spirituel de Sarkozy, le mafieux en ce moment taquiné par la justice pour de multiples affaires, défend uniquement les intérêts des financiers et des actionnaires, quelles que soient leurs nationalités.

Alors quand il profère « La-France », bouchez-vous les oreilles, tapez sur des casseroles, mais surtout ne le croyez pas.


mercredi 4 octobre 2017

A chaud : « Comme j’aime », archétype du produit de l’économie capitaliste.

Chère Sylvette,

Tu n’as pas pu échapper à cette pub qui depuis des mois et des mois passe chaque midi, chaque soir, plusieurs fois sur France 3, à l’heure où tu écoutes distraitement les infos : « Comme j’aime », ça s’appelle et ça te vend des repas livrés à domicile censés te faire maigrir de 5 ou 6 kilos pas mois. Et tu as donc essayé. Alors ?

« Oui, 54.90€, soit 9,15€ par jour, c’est la formule minimale, pour tous les repas, 6 jours par semaine, pendant un mois. Pour la promo ’’semaine gratuite’’, il a donc fallu que j’achète le mois. Alors, pour ça j’ai eu, par exemple : 2 pancakes au petit déj’, poulet, légumes plus un dessert de fruit à midi, 4 petits sablés, pavé de saumon (on ne sait pas d’où il vient) et légumes le soir. Rien d’autre. Vu les quantités, forcément j’ai maigri. Et j’ai eu faim. En plus, c’est livré seulement une fois par mois (pour réduire les frais de transport, évidemment). Donc, c’est sous vide et plein de conservateurs. Pas un seul jour, je n’ai mangé frais. En plus, ce n’est pas bon. Et vu le prix, comme c’est fabriqué à la chaîne automatisée, tu te doutes du sacré bénef qu’ils se ramassent. Je suis dégoûtée. Ah oui, le site propose aussi un suivi par une diététicienne… »

Parce que c’est diététique, ça ? Allez, c’est bien l’arnaque que je soupçonnais dès le premier spot. Parce que maigrir d’autant en si peu de temps, tous les diététiciens te diront que tu craqueras forcément et que tu en reprendras alors le double (de kilos). Mais qu’importe, la pub est faite exclusivement pour les gogos. « Mentir », par omission, par sous-entendu, par suggestion, est le premier devoir du publiciste.

Comme cette campagne est interminable et de plus en plus pressante, tu te dis peut-être comme moi, chère Sylvette, qu’effectivement ça doit marcher fort et qu’il y a donc encore pas mal de gogos comme toi à plumer. Ou bien tu fais la supposition inverse : ça ne marche pas fort, mais maintenant qu’ils ont commencé, les propriétaires de l’affaire sont condamnés à aller jusqu’au bout en espérant rentrer dans leurs sous. C’est peut-être pour ça qu’ils offrent maintenant une semaine ’’gratuite’’.
« Oui ben, en tout cas, ils ne m’auront plus. Maintenant, je fais mes courses, c’est meilleur, c’est frais et ça me coûte moins cher. »

Moi, je me dis qu’à eux ça doit coûter drôlement cher, cette campagne de pub, parce qu’en plus le clip est plutôt long. Ou alors ils ont des prix sur le service public, par copinage, ou ils ont des actions dans l’agence de pub ou ils ont une cagnotte inépuisable et comme des jetons dans un bandit manchot, ils mettent le pognon dans la pub en attendant le jackpot.

La pub, tu vois, c’est beaucoup d’argent foutu en l’air qui aurait pu mieux servir ; à augmenter les plus bas salaires, par exemple. Mais non, ceux-là, les bas salaires, doivent rester bas pour qu’on puisse produire à bon marché des choses à vendre très cher aux plus hauts salaires.

Et tu sais d’où il vient tout ce fric qui a servi à créer « Comme j’aime » ? Est-ce que ce serait une de ces géniales start-up, créée par des jeunes sans un sous mais pleins de dynamisme ? Je rigole. En fait, ça n’est pas compliqué à deviner :
c’est du surplus de dividendes d’autres activités.
Ces mecs sont tellement riches et se prennent tellement de bénéfices, qu’ils ne savent pas quoi faire de leur argent. Alors ils inventent un soi-disant nouveau produit, copié en l’occurrence sur le portage de repas à domicile, mais en dégueulasse, et se disent que 
puisque ça existe, il va y avoir des gogos pour l’acheter.

Les gogos, ce sont dans ce cas précis les gens qui souffrent de surpoids et qui cherchent désespérément la solution miracle, les gens qui ont la flemme de se faire cuire un œuf, ceux qui n’en ont pas le temps, les snobs, ceux qui ont les moyens. Pas les pauvres, c’est sûr.
Au lieu de consacrer leur fric à faire du bien à tout le monde, ces investisseurs-là visent simplement à faire encore plus d’argent sur le dos des gogos. Et où les gogos se trouvent-ils en plus grand nombre ? Dans la classe moyenne.
C’est pourquoi la classe moyenne est la cible privilégiée de la pub : ces gens-là ont des sous, il faut les leur soutirer dare-dare, quitte à leur vendre de la merde et des produits inutiles du genre « Comme j’aime ». Et comme beaucoup sont gogos et fiers de l’être, ça marche.

Voilà comment le fric va toujours aux mêmes, parce que des milliards sont dépensés en pub et en futilités. Et pendant ce temps, des familles vivent pauvrement de la charité.
Avec Macron, ça va encore empirer. « Comme j’aime » a du souci à se faire.


vendredi 29 septembre 2017

A chaud, la République des mendiants

Ce matin, Francine lisait son journal, étalé sur la table. En passant comme ça, je vois du coin de l’œil un titre : « Le nombre des millionnaires en France a encore augmenté. » Enfin un truc dans ce goût-là. Et alors ? Alors, je me dis que le chômage aussi augmente et que l’article, je ne le lirai pas, parce que l’opinion de la presse brosse à reluire des millionnaires ne m’intéresse pas, je sais d’avance ce qu’elle vend.

Bon. La journée se passe et puis, tout à coup ce soir, le choc, avec l’émission de France 3 au profit des hôpitaux de France, la fondation Bernadette Chirac-David Douillet, je crois. Non, ce n’est pas la tête d’empaillé de Michel Drucker… qui néanmoins ferait mieux de prendre sa retraite et laisser un peu de boulot aux jeunes.

Non, c’est autre chose qui me frappe à ce moment-là, qui m’apparaît comme une évidence :
la France est un pays de mendiants.
Le Téléthon, la Fondation l’Abbé Pierre, la Ligue contre le Cancer, le Secours Populaire, le Secours Catholique, Solidarité Antilles, Les Restaus du Cœur, Médecins sans frontière, etcetera, etcetera, toutes ces fondations, toutes ces associations caritatives, vivent de la mendicité.

Elles font en réalité le boulot à la place des vrais mendiants que pourraient être les pauvres de France s’ils n’avaient pas encore un reste de dignité. Car si on faisait le total, si on mettait dans la rue avec une sébile tous les bénéficiaires de cette mendicité organisée, je pense que nous ne serions pas loin du taux de mendicité de l’Inde, et peut-être même serions-nous bien au dessus.

D’un côté, il y a les nababs aux gros culs posés sur des milliards inutiles, de l’autre les misérables, que Macron désigne par le terme « rien », qui sont obligés de quémander pour vivre décemment.

Est-ce que les riches donnent, au moins ? Non, les riches ne donnent rien, jamais, parce qu’ils considèrent, comme le président Macron, que les pauvres sont des fainéants qui méritent leur sort. Les riches, ils prennent seulement. C’est pour cette raison qu’ils sont riches.
Ceux qui donnent, ceux qui ont du cœur, ceux qui partagent leur bien-être, ce sont les gens qui ont un peu plus que le nécessaire et qui savent ce que c’est que d’avoir du mal à joindre les deux bouts, à se soigner, à se payer des loisirs, à habiller les enfants. Même les pauvres donnent pour les plus pauvres qu’eux.

Le plus rigolo, c’est que primo, les dons qui soulagent les misères (quelles qu'elles soient !) enrichissent en même temps un tas de profiteurs, et deuxio, que les riches qui n’ont pourtant besoin de rien, sont aussi des mendiants, mais minables, ceux-là, tout le temps en train de pleurnicher pour obtenir un petit avantage fiscal par ci, par là, du gouvernement qui s’empresse aussitôt de les satisfaire. Aucune dignité. Des rats !

Nous voilà donc, la France, un pays très, très riche, qui n’est même pas capable de subvenir aux besoins les plus élémentaires de tous les citoyens qui le composent. « Normal ! » vous répond le premier ministre « l’état est endetté, l'état ne peut pas soulager toute la misère du monde. » Je crois même qu'en vérité il pense que l'état ne doit pas aider les travailleurs ou les pauvres, que l'état est là au contraire pour favoriser la thésaurisation à ceux qui en ont déjà trop. Bon, vous avez capté le message ? L'état "En marche"ne peut rien pour vous. Démerdez-vous. Tendez la main à vos semblables.

E. Philippe suit en cela le cap fixé par son patron, le président Macron, Ubu en personne, dont la première parole après le passage de l’ouragan sur les Antilles, avant même de parler d’intervention de l’état, a été de réclamer des Français qu'ils se montrent solidaires, c’est-à-dire qu'ils mettent la main au porte-monnaie (si, si, vérifiez), et qui dans son programme, sans rire, prévoyait que les cours de soutien au collège se feraient grâce à des bénévoles.

Macron est le mendiant en chef du gouvernement de La-France. Et à qui tend-il la sébile ? A nous, travailleurs, qui n’avons pas même l’ombre du commencement d’un million et à qui par ailleurs il fait allègrement les poches par l’impôt et les allègements de charges sociales. Sans un remords. Et malgré ça, nous sommes toujours aussi peu nombreux dans les manifs !

Bon, le futur que ce tartuffe nous promet, c’est le monde merveilleux des mille et une nuits du XVème siècle, quand le calife descendait dans le souk pour écouter ce que ses sujets disaient de lui et qui en profitait pour leur jouer des tours, les faire bastonner, leur planter un pieu dans le derrière et se fiche de leur gueule par-dessus le marché.


Conclusion : c’est bien nous, travailleurs, qui faisons vivre tous ces riches parasites, qui nous faisons vivre nous-mêmes et faisons vivre ceux d’entre nous qui n’ont pas la chance d’être à peu près à l’abri des catastrophes que la vie peut nous réserver. 

Alors peut-être devrions nous cesser de donner...

mardi 26 septembre 2017

L’école malade du progrès - 2. Le tout numérique et la modernité

Connaissez-vous le projet de la région Grand Est pour les lycées ? Supprimer les manuels scolaires et les remplacer par des ordinateurs portables et des tablettes. Subventionnés, même pour les riches ! Espérons que le lobby de l’industrie de l’informatique n’a pas trempé dans cette affaire…

« Enfin ! c’est formidable, c’est le progrès ! » Entends-je clamer par ci, par là. Pourquoi ? Parce que c’est moderne ? Savez-vous que les pays qui ont fait cette expérience en sont revenus, font machine arrière, retour au livre, au papier et au crayon ? Des enquêtes menées en Allemagne, par exemple, ont démontré que la tablette n’avait rien apporté de positif par rapport au livre. Au contraire.

Mais nos élus n’en tiennent pas compte, et nous, Français, tels des moutons, nous nous laissons faire. C’est le modernisme qui est tentant, pas vrai ? Comme le téléphone portable : si tu ne le prends pas, t'as l'impression d'avoir raté quelque chose. Mais non, en fait la plupart du temps, t'as rien raté.

Le supermarché en son temps était moderne aussi, et maintenant faire les courses demande dix fois plus de temps qu’avant, quand l’épicerie était au bas de la rue principale du village. Et le glyphosate aussi est moderne, mais je ne me souviens pas qu’on ait eu des problèmes sanitaires quand on arrachait les mauvaises herbes à la binette. C’est bien parce qu’il est dangereux que le glyphosate (le fameux Roundup) nous est interdit, à nous, particuliers, non ? Les paysans en revanche ont encore le droit de répandre ce produit dangereux sur leurs cultures (OGM, évidemment) et nos assiettes. C'est expliqué ici:  https://fr.wikipedia.org/wiki/Glyphosate

Revenons à nos moutons. L’école primaire est également et gravement touchée par l’introduction du glyph… euh, pardon, du tout numérique. Il y a, paraît-il, de plus en plus d’écrans interactifs dans les salles de classe, qui coûtent la peau des fesses et obligent à tenir les rideaux tirés toute la journée (parce que bien sûr, l’écran reste allumé toute la journée, y compris pendant la séance d’éducation physique). Y a-t-il eu expérimentation ? Y a-t-il eu évaluation là où ça a été d’abord mis en place ? Non. Et quand je demande à des collègues de me lister les formidables bénéfices que les élèves en retirent, ils sont étonnés que je puisse poser la question, mais restent muets.

Ah non, pardon, ils ont un argument, en commun avec les experts qui s’expriment dans les médias : « C’est plus ludique. » Quoi ? Appuyer sur des touches (c’est à peu près tout ce qu’on peut faire en numérique) serait donc une activité ludique ? Et si le geste est ludique, le contenu s’apprend forcément mieux ? Je ne crois pas : ce qui s’apprend le mieux, c’est ce qui questionne, aiguillonne l’intelligence. Le jeu sur tablette, smart-phone, ordinateur ou console, qui fait appel à leur intelligence, fût-elle seulement une intelligence manuelle (des pouces), les enfants connaissent déjà, et tellement par cœur, que l’usage étriqué qu’on en fait à l’école ne doit certainement pas beaucoup les motiver.

En vérité, le tout numérique facilite surtout le travail des enseignants. Mais les apprentissages, ça reste à prouver ; en tout cas, ce n’est pas une révolution pédagogique, sinon ça se saurait. Si le numérique a vraiment son utilité, il faut la penser, la préciser, la limiter à ce qui est véritablement pertinent. Or, l’ordinateur, la tablette, le grand écran interactif, ne sont souvent que des gadgets remplaçant mal ce qui jadis se faisait au tableau ou sur papier, et c’est encore moins une modernité qu’une vile concession à la mode.

Deux exemples des ravages de la modernité à l’école.

1. Le photocopieur. Depuis que le photocopieur est entré dans les écoles, les élèves n’écrivent plus, ils cochent, ils relient. Les cahiers au format Seyes, qu’on continue pourtant d’exiger, finissent quasi vierges d’écriture manuelle, mais tout boursouflés par la colle et les photocopies empilées les unes sur les autres tout au long de l’année. N’est-ce pas en écrivant, en copiant, qu’on mémorise l’orthographe ou la table de multiplication ? Si la réponse est oui, il faut interdire le photocopieur à l’école, ou au moins en limiter considérablement l’usage.
Quand je pense qu’il y a eu des partisans de ne plus apprendre les tables de multiplication, voire le calcul, sous prétexte qu’il existait des calculatrices ! « Tu n’auras pas de calculatrice tant que tu ne sauras pas calculer mentalement. » disait l’excellent Steve Jobs à ses enfants. Prenons exemple sur lui : pas de photocopie tant que tu ne sais pas faire une « rédaction » sans fautes !

2. Le QCM, questionnaire à choix multiple. La belle invention venait d’Amérique. Et c’est ludique ! Là encore, facilité pour les enseignants d’une part - ça se corrige d’un coup d’œil, voire par apposition d’un cache - et d’autre part, facilité débilitante pour les élèves : si on lit encore, en revanche on n’écrit rien, on coche, on relie, on peut même répondre au hasard. Pour savoir si l’élève a compris, le maître doit renouveler souvent l’exercice et s’en remettre au calcul des probabilités et à la statistique.
Autrefois, on lisait aussi la question, mais surtout, on rédigeait une réponse sous la forme d’une phrase - impossible de s’en remettre au hasard, il fallait savoir. Sans doute cet exercice était-il trop formateur… et trop chronophage, tant il est vrai que depuis 30 ans, le temps scolaire ayant été réduit de 20%, il a fallu choisir entre approfondir les apprentissages ou les expédier.

On ne s’y prendrait pas autrement si des élèves on voulait faire des ânes. Mais c’est la marche irréversible du progrès - n'est- pas.
Courage, les parents !


dimanche 24 septembre 2017

A chaud, les avocats du Mexique.

Quand la sauvegarde de l’emploi tue (sous-titre)

L’autre soir sur France 2, c’était reportage sur le scandale des avocats mexicains. Une journaliste se balade là-bas dans les plantations d’avocats, souvent gagnées sur la forêt, qui font vivre tout un tas de gens pauvres dans des villages reculés loin, bien loin de la civilisation. Déjà, tu as un pincement au cœur quand tu vois les baraques dans lesquelles ils vivent : tant de misère ! Il faudra que tu y penses quand tu mangeras ton prochain avocat. (penser, oui, mais pour quoi faire ?)

Après le constat que de plus en plus d’enfants naissant dans le voisinage de ces plantations sont victimes de malformations, la journaliste se rend dans un hôpital du coin où elle interroge les soignants. A visage découvert, tous se taisent. Puis, ne se croyant plus filmés, ils avouent que « tout le monde ici sait le rapport qu’il y a entre les pesticides utilisés dans les plantations d’avocats et les malformations des enfants ».
Là, on a un cri du cœur : mais c’est dégueulasse ! Pourquoi ne le disent-ils pas ouvertement ? Pourquoi ne font-ils rien pour ces pauvres gens ? De quoi ont-ils peur ? 
Eh bien, je vous le dis, ils n’ont peur que d’une chose : perdre leur emploi, ce travail qui leur assure le minimum de sécurité : un toit et à manger. Mais qui donc exerce sur eux une telle pression ? La nécessité. La pénurie. Le système économique actuel et surtout ceux qui en tirent profit (ne croyez surtout pas qu’ils soient innocents.)

Puis la journaliste fait analyser, en France, par le plus éminent des spécialistes, les cheveux de collégiennes qui vivent également proches des plantations et dont certaines ressentent des troubles chroniques étranges et anormaux. Le résultat est effarant : leurs cheveux contiennent 11 pesticides différents et en quantité quatre fois plus grande que les cheveux des agriculteurs français. A noter que ces pesticides sont suspectés (seulement suspectés ?), à la suite de diverses études, d’être cancérogènes.

Forte de ces constatations, la courageuse journaliste va alors interpeller un représentant de l’administration mexicaine chargé justement de quelque chose en rapport avec les pesticides. Le pauvre ne semble pas comprendre ce qu’elle dit, défend la non-responsabilité du gouvernement, explique que son travail est d'informer ces ignorants d'ouvriers des dangers des pesticides, mais qu'il n'y peut rien s'ils ne se protègent pas davantage (mais à aucun moment n'est évoquée une possible action auprès des patrons, genre obligation de protéger les employés, sans doute parce que ça augmenterait leurs charges financières et ferait grimper le prix de l'avocat mexicain qui alors ne serait plus compétitif au niveau mondial...), le mec s’embrouille, parce qu'il sait parfaitement ce qu'il en est réellement, transpire abondamment... jusqu’à ce qu’une chargée de communication gouvernementale vienne lui sauver la mise ; elle ne connaît rien aux effets des pesticides sur les êtres vivants, mais en com’, elle assure : "Au revoir, circulez, y a rien à voir." Eh ben oui, c’est dégueulasse ; les ouvriers agricoles de ces plantations vont continuer d’être empoisonnés, malgré ce courageux reportage.

Mais ce qui est également dégueulasse, c’est d’abord que ces avocats arriveront dans notre supermarché de Hettange-Grande, où nous n’en achèterons que la moitié, l’autre étant d’office vouée à la poubelle, et ensuite que personne dans le reportage, comme dans le commentaire post-diffusion auquel nous avons eu droit, n’a relevé que les paysans français sont eux aussi chargés de pesticides, certes quatre fois moins que les petits enfants mexicains, mais tout de même assez pour quelquefois en mourir. 
Etre infecté par des substances exogènes dangereuses pour la santé est donc considéré comme normal. Jusqu'à quelle dose, s'il-vous-plaît ? Ca dépend du bon vouloir du pollueur, madame. Enfin merde! Ca aurait dû tilter, on ? Ben non, ça ne tilte pas. On peut donc se demander pourquoi la courageuse journaliste n’est pas allée poser la question à Nicolas Hulot.

Et là-dessus, le lendemain même, j’apprends que 50 agriculteurs français ont manifesté pour protester contre la volonté du ministre de la transition écologique et solidaire d'interdire le glyphosate, un herbicide (un seul !). Mais pourquoi donc ? Ils sont cons, ces paysans-là : ils veulent un permis de nous empoisonner ou quoi (la formule est de mon pote Alain) ?

« Mais non, faut pas exagérer. » plaide le bon gus. Nous n’exagérons pas (Alain et moi), ce sont les faits. Il faut seulement comprendre que le fond du problème pour eux est ailleurs que dans la santé publique. Le dialogue suivant vous montre où il est.
Josette : Dis donc, moi, plus question que j’achète des avocats du Mexique. Tu imagines tout ce qu’ils doivent contenir comme pesticides !
Kevin : D’accord, mais tu vas priver des milliers de familles de leurs revenus, les employés des plantations d’avocats du Mexique.
Josette : Tant pis, hein. Je préfère acheter français, c’est plus cher mais au moins je soutiens nos agriculteurs.
Kevin : Mais tu n’as pas entendu ? Eux aussi, ils traitent aux pesticides.
Josette : Un peu moins, quand même.

Vous voyez ? Notre santé est directement impactée, presque toujours en pire, par notre dépendance à l’égard de l’emploi. Dans ce cas précis, les ouvriers agricoles mexicains ont le choix entre mourir au travail, empoisonnés par les pesticides, ou mourir de faim au chômage. Même chose pour ces paysans français qui sont tellement endettés que s’ils n’obtiennent pas un rendement optimal grâce au glyphosate, ils seront obligés de fermer boutique. (Peut-être même y a-t-il une raison cachée encore plus terrible) 
Et pourquoi notre si vertueux ministre n’interdit-il pas purement et simplement tous les pesticides, tous ! (en voilà une dictature qui serait bonne, non ?) ? Parce qu’il veut préserver de l’emploi ? Oui, un peu. Du profit ? Oui, beaucoup. Nicolas Hulot est un gugusse.

Songez-y, analysez votre propre cas : le problème se pose dans les mêmes termes dans tous les domaines, pour tous les emplois. Nous sommes prisonniers de notre dette, de nos faux désirs, d’une logique qui n’est pas celle qui favorise la vie mais celle qui favorise le profit ; et le profit, c’est la mort. Nous sommes prisonniers mentaux d’une représentation du travail complètement pervertie. Si nous ne cassons pas ce cercle vicieux, le résultat sera que nous continuerons de crever à petit feu, tristes et jaunes, quel que soit notre choix.

Moralité.
Il faut que nous cessions de réclamer des emplois de merde dans des industries de merde, sales et inutiles. Nous devons refuser le progrès du dernier i-phone, de la bagnole « suréquipée », du tout numérique et du sèche-linge, et ne pas les acheter. Que les syndicats laissent donc les industries anti-écologiques être délocalisées, que les ouvriers jetés dans les affres du chômage se laissent vivre aux crochets de ceux qui peuvent leur payer l’aide sociale, que nous nous regardions vivre et comprenions que solidaires, il ne peut rien nous arriver de grave. Bref, qu’il advienne quelque chose enfin qui rende cette dictature économique caduque, inopérante, ne produisant plus aucun profit.

Gandhi n’a-t-il pas vaincu l’empire britannique par la non-violence ? Nous pouvons certainement vaincre le capitalisme par la paresse.

A bas le travail ! 
Camarades.

samedi 23 septembre 2017

L’école malade de la logique de marché - 1. La nécessité de bouger.

Il y a quelques années, j’ai tenu un blog sur l’école pendant des mois. Puis, je l’ai fermé, je croyais avoir tout vu et tout dit. Mais non. La logique du commerce ne cesse jamais : du moment que quelque chose existe, est mis sur le marché, c’est forcément bien, et vite, vite il faut l’utiliser.

Premier exemple : la recherche. Elle coûte, elle doit donc rapporter. Le chercheur est donc a priori condamné à trouver. Mais s’il ne trouve pas, ce n’est pas si grave, il n’a qu’à recycler de vieilles idées et les mettre sur le marché. Le gouvernement français sera content - comme dit toujours Macron : « il faut bouger ». Si ça bouge, le peuple aura l’impression qu’il se passe quelque chose. L’important, c’est précisément cette illusion.

L’autre soir, aux infos : reportage sur un chercheur en neuro-quelque-chose qui vient d’inventer une nouvelle pédagogie qu’on nous présente déjà presque comme révolutionnaire, ou au moins comme « un grand espoir », la solution aux difficultés d’apprentissage. Evidemment, ça m’intéresse. Mais en vérité, comme je m’y attendais, je me suis bien marré, enfin, j’ai plutôt ri jaune.

En effet, figurez-vous que ce type a collé des capteurs sur le crâne de cobayes humains tandis qu’ils effectuaient une tâche ou écoutaient un professeur. Et ce type-là a vu sur son écran d’ordinateur des zones du cerveau qui s’allument quand elles chauffent. Et après avoir collecté un tas de résultats de ce genre, la science statistique lui a permis de conclure que l’inattention était une des causes des difficultés de l’apprentissage (dans le cerveau, ça court-circuite la concentration, voyez vous). Mazette ! Quelle découverte ! Et de nous expliquer, le plus sérieusement du monde, qu’il va montrer aux élèves comment être attentifs à leur inattention ; on ne comprend même pas le rapport avec les lampes du cerveau. A l’évidence, c’est du vent, du foutage de gueule absolu.

Mais c’est après qu’on hallucine vraiment car on voit là une institutrice (professeure des écoles) nous expliquer que le mieux pour apprendre à lire, c’est d’abord d’apprendre à entendre des sons, puis de les associer à des graphies, puis seulement d’aborder la lecture. Outre le fait qu’il y a belle lurette que l’acte de lire a été décortiqué au scalpel et qu’on en connaît tous les mécanismes, requis, pré-requis, tenants et aboutissants, la démarche proposée est autant caricaturale qu’erronée. Je sais de quoi je parle, j’ai « enseigné » (*) la lecture pendant quarante ans.

Mais à intervalles réguliers (disons tous les six mois), on nous sort comme ça une martingale pédagogique, souvent pour l’apprentissage de la lecture, sans doute parce que celui-ci cristallise une part importante des mécontentements. Il ne s’agit en fait que d’une mascarade médiatique destinée à rassurer momentanément, tout en masquant le vide abyssal où devraient normalement apparaître des solutions. Je vois là le complet désarroi dans lequel se trouvent les enseignants, les syndicats, les chercheurs, l’institution entière, et les penseurs, et les parents, face à l’échec patent de l’école dans sa mission proclamée de réduction des inégalités sociales et dans son incapacité à donner à tous les élèves l’accès aux outils cognitifs qui les feraient comprendre le monde et un peu maîtriser leur vie.

Ca me rappelle l’introduction en 1973 des maths modernes et de la lecture globale, pour le résultat catastrophique que l’on sait. Les professeurs Tournesol qui depuis ont moisi au CNRS, section sciences de l’éducation, sont toujours sur la brèche et c’est épaulés par les nouveaux idolâtres de la science numérico-électrico-statistique qu’ils nous pondent encore régulièrement de soi-disant nouvelles recettes pédagogiques qui fonctionnent aussi bien qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Le pire, c’est que nous ne sommes pas capables de voir la supercherie, encore moins de résister.

Eh ben, tant que ça fonctionne, ils auraient tort de se priver, pas vrai ?

Ho ! Je vous cause.

(*) Je vous expliquerai les guillemets une autre fois.