dimanche 12 avril 2020

Journal de déconfinement - jour 5

Je vous racontais il y a trois jours comment nous sortirions du confinement plus malins, plus libres que jamais, d'abord dans nos têtes, puis dans les faits, parce que nous oserions tenter l'aventure du retour en arrière, qui en réalité serait le vrai progrès, l'aventure de la solidarité, de la liberté, de la décroissance. 
Depuis, j'ai fait quelques courses et je me suis donc trouvé à la fin d'une longue file, puis au milieu, un bon moment avant de pouvoir entrer dans le magasin. Et durant toutes ces longues minutes (quinze, vingt), d'un bout à l'autre, personne n'a échangé un seul mot avec ses voisins d'un mètre, chacun tête baissée ou le nez en l'air, de manière que ne se croisent pas les regards, exactement comme avant - non, pire qu'avant : sinistre défilé, tristesse et résignation palpables.
Ca ne présage rien de bon. Sommes-nous sidérés (désormais au lexique de la novlangue) à ce point ? Ou est-ce la trop longue habitude ? Je me rappelle le temps des commerces au village. On y faisait la queue, son cabas à bout de bras, et on se parlait. On blaguait, on prenait des nouvelles les uns des autres, on râlait contre les cons, on discutait de nos problèmes et, oui, on disait aussi un peu de mal des absents ; on se parlait, quoi. On pouvait donc se comprendre et partant de là s'entraider. On savait plus ou moins comment chacun pensait. Les rouges (les cocos) et les blancs (les curetons) formaient clans, tout en sachant qu'au fond le souci de l'humain les rassemblerait au moindre coup dur.
Maintenant, c'est chacun pour soi. Les nouveaux habitants ne saluent plus. On les croise, ils font semblant de ne pas vous voir. Pour ça, le portable est idéal... Je me demande s'il n'est pas déjà trop tard pour se reparler. J'ai bien essayé avec la dame derrière moi : je lui ai souri et j'ai dit "C'est terrible, ce silence, vous ne trouvez pas ?" Au-dessus de son masque, les yeux faisaient des aller-retour gauche droite ; je me suis douté qu'elle était gênée. Elle a bredouillé quelque chose que je n'ai pas compris et s'est détournée. Je dirais bien que je la comprends : "C'est vrai, quoi, on ne sait jamais à qui on a affaire."
Mais je me suis souvenu d'une conversation avec un monsieur âgé que nous avions rencontré en 2008 sur une plage de Lettonie. "Les Lettons ne sont pas causants. Dans la rue ou les commerces, ils ne disent ni pardon, ni merci, ni bonjour, rien. Ils ne sourient même pas. C'est étrange, pour nous, Français. - Vous savez que nous avons connu le régime soviétique, monsieur ? En dehors du cercle familial, on ne se parlait pas, parce que vous ne saviez jamais à qui vous aviez affaire : un policier de la tcheka... ou un simple dénonciateur." Aujourd'hui, les Lettons ont retrouvé de la chaleur dans leur espace public. Mais chez nous, ce grand silence des queues de magasin ne présage rien de bon.
Ca fait pour l'heure les affaires du gouvernement qui vient de se taper plus d'un an et demi de contestation, réprimée sans motif et avec la violence qu'on sait. Vu comme il a géré la crise qu'on dit sanitaire mais qui n'est qu'une crise de l'état, il doit faire dans son froc que les gilets jaunes et les syndicalistes se voient, à la sortie du confinement, promptement rejoints par tous ceux qui n'avaient pas osé descendre au rond-point ou dans la rue avec les soignants et les pompiers, tout en n'en pensant pas moins. J'espère ardemment qu'il a raison de le craindre...
A propos d'état, voici un texte de Giancarlo Sanguinetti, extrait de son pamphlet "Du terrorisme et de l'état" (1979) dans lequel il accuse l'état italien d'être l'instigateur de la tuerie de la piazza Fontana à Milan (1969) et de l'assassinat d'Aldo Moro (1978) aux fins de réaliser l'union nationale sacrée dans une période où son pouvoir était fortement contesté.




samedi 11 avril 2020

Journal de déconfinement - jour 4

Le président va donc nous causer lundi soir, à 20h... après les applaudissements aux soignants bien sûr. Peut-être nous le montrera-t-on même en train d'applaudir - ce serait du plus bel effet -, images naturellement captées à son insu par un technicien désireux d'arrondir sa fin de mois et diffusées comme par inadvertance.
C'est un peu hypocrite, non, d'applaudir les infirmières seulement maintenant ? Elles ne font que leur métier, comme elles l'ont toujours fait, même qu'en plus elles étaient en grève depuis tout un an. Mais là, personne ne les applaudissait. J'en ai même entendus raconter d'un air entendu qu'elles n'en fichaient pas lourd à l'hosto public, qu'elles avaient tout le temps de papoter et de fumer des clopes pendant que toi, ou ton parent, tapiez sur la sonnette en vain pour qu'on vous apporte le bassinet. 
Vous aussi ? Vous avez croisé le même gars ? Enfin, soyons justes tout de même : en ce moment, encore bien davantage que depuis un an et les années précédentes, les infirmières font beaucoup plus que leur métier : elles font aussi pompiers, pour maintenir à flot le navire qui prend l'eau de partout : pas de matériel, pas de lits, pas de personnel, PAS DE SOUS. Et si on en est là, c'est bien la faute au président (oui, je sais, à ceux d'avant aussi mais il n'était pas obligé de faire pire) qui trouve - et il l'a redit juste avant cette crise - que tout ça coûte trop un pognon de dingue... Alors franchement, comme hypocrite, il se pose là. Vilain coco !
Comme dans cette petite vidéo diffusée sur Twitter par l'Elysée (on ne sait pas par quelle personne, peut-être un valet de pied désireux d'arrondir sa fin de mois), où l'on voit le président applaudir face à des soignants en train d'applaudir. 
En détournant de façon aussi minable cette image, le bonhomme s'applaudit en fait lui-même.
Eh bien, je trouve qu'il le mérite. Tout à l'heure, j'accrocherai à mon balcon une banderole : "Bravo, monsieur le président ! L'hôpital vous remercie." Puis, je me dénoncerai anonymement à la gendarmerie comme quelqu'un qui outrage la république, pour voir si on vient me mettre en demeure d'ôter le corps du délit. Et si j'avais le réseau pour ça, je lancerais aussi chaque soir juste avant 20h une salve d'applaudissements de balcon pour remercier notre président de se porter si bruyamment au chevet de l'hôpital qu'il est en train de faire crever.
Mais voici, pour finir sur une jolie note, une chanson facile dont vous pourrez augmenter ou adapter les paroles à votre guise :  
https://www.youtube.com/watch?v=Gr3u2OuuZkQ&list=RDGr3u2OuuZkQ&start_radio=1


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Journal de déconfinement - jour 3

"Je me rappelle: c'était le 10 avril 2020. Le printemps explosait partout : soleil, fleurs, chants d'oiseaux, brise douce et légère... le joyeux renouveau que chantaient les poésies de notre enfance ! Ce matin-là, j'étais monté au jardin, avec mon "attestation de déplacement dérogatoire pour faire des courses de première nécessité", afin de récolter mes derniers poireaux avant qu'ils mollissent et grimpent en graines. Le voisin, que je n'avais pas vu depuis plus de trois semaines, était dans son verger en train de contempler avec satisfaction ses cerisiers, ses mirabelliers, ses pruniers tout chargés de fleurs (pas trop d'abeilles malheureusement - mais les bons gros bourdons étaient déjà à l'oeuvre...). 
Bon. Nous échangeons quelques mots, des banalités : comme moi, il a profité du confinement pour ranger son garage, sa femme qui en a marre de l'avoir à la maison, les enfants qu'il faut occuper... Et puis d'un coup il me dit, avec un soupir et un sourire qui me paraît mendier l'indulgence : "Ca va être dur, après. C'est qu'on prend vite l'habitude de rien faire, hein!?" Et il me dit ça juste au moment où j'avais un début d'envie de me remettre au jardinage, au bricolage, à l'action, au travail, quoi ! 
C'est vrai, à l'époque, j'étais retraité depuis déjà assez longtemps pour avoir oublié combien le  boulot - quarante années de banque, le cul sur une chaise à faire du chiffre sur le dos des clients - m'avait emmerdé. " C'est si difficile que ça, votre travail ?" que je lui avais demandé. "Ben, je suis à la chaîne, alors faut suivre... produire jour et nuit quand il y a besoin, et chômage technique quand y a trop de stock, comme maintenant ; on n'est pas toujours  sûr du lendemain ; et p'is ça use, de faire les postes." Il travaillait dans une usine qui fabriquait de l'emballage, H 24 - la pointe de la pointe de la technologie, pas encore délocalisable. L'usine a fermé maintenant et pas pour s'installer ailleurs ; et c'est tant mieux. Mais là, ça m'avait frappé, cette absurdité, que la vie d'un type et de sa famille pouvait dépendre du, et être gâchée par, le nombre d'emballages plastiques qu'il produisait.
Comme ça, avec une arrière-pensée, je l'avais invité à prendre l'apéro. "Vous croyez qu'on peut ?" En rigolant, je lui avais répondu : "Je peux vous faire une attestation, si vous voulez."
Nous nous étions retrouvés dans la rue, respectueusement à distance sanitaire, lui, sa femme, la mienne et moi, entrechoquant nos verres à bras tendus, tout en refaisant, en toute innocence, le monde d'après. Quelqu'un du bout de la rue (un nouveau, inconnu) s'était pointé, promenant son chien, et dans l'euphorie du moment, nous l'avions invité. Et le voilà qui, tout content, laisse cavaler Médor (vu qu'il n'y avait plus de voitures) et qu'il s'empresse de lever le coude avec nous. Puis ç'avait été Madame K., voisine d'en face, rentière un peu revêche et méfiante, 82 ans,  vivant seule, qui avait de chez elle engagé la conversation et déposé pour nous sur le rebord de sa fenêtre  une bouteille de riesling luxembourgeois. Après elle, le jeune couple du coin... puis le dernier paysan du village qui rentrait d'une visite d'inspection de ses champs... Ah quelle joie ! A la fin, nous interpellions les passants, pas si rares d'ailleurs, et chacun s'arrêtait. Je n'avais depuis longtemps plus de quoi abreuver tout ce monde.
C'est comme ça que nous avons commencé. Aujourd'hui, nous sommes quasiment tout le village ; notre coopérative / communalité fonctionne à plein régime : nous échangeons tous les services possibles, nous ne produisons à manger que pour les gens d'ici, des produits d'ici, nous réparons tout ce qui est réparable, nous organisons notre propre système de garde et d'éducation des enfants, nous prenons soin les uns des autres... à tour de rôle. Certains d'entre nous turbinent encore à l'extérieur mais jamais tous en même temps, à tour de rôle aussi... Dès que nous avons assez pour subvenir aux besoins de tous, nous arrêtons le travail. Ca nous laisse un temps fou pour faire des tas de choses inutiles : rêver, glandouiller, faire la fête, muser, musarder, nous amuser, nous aimer, profiter de la vie qui est si courte..."
Ce texte est une réponse à la nouvelle que m'a envoyée l'ami Guillaume. (à lire en suivant le lien ci-après)
 https://docs.google.com/document/d/1zSYsXXHNQ10ZvJMikPxGXzyJruiagmTQ_Y9R1y-h0oY/edit?usp=sharin


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Journal de déconfinement - jour 2,5

Je n'en peux plus... Il faut que je vous dise.
Figurez-vous que ce soir, zappant, les jambes étirées sous la table après un délicieux riz à l'eau préparé par moi-même, je tombe sur le journal minimaliste de M6 (mais pas davantage exsangue que ceux du service public) :
Et paf ! la question que tout le monde se pose : "Qui est le patient zéro ?" LE GARS (la garce) qui a transmis le virus à TOUTE LA FRANCE ! C'est ça que vous voulez savoir, les gens. Hein ? Suivent les embryons d'une enquête qui pointe comme responsables possibles les militaires français qui s'en sont allés récupérer (sur ordre du gouvernement) les Français expatriés de Wuchan. Ouais, pourquoi pas. Mais la meilleure est que la chaîne prétend que les médecins français seraient actuellement sur les dents pour trouver ce coupable... comme s'ils n'avaient rien d'autre à foutre, comme si ça leur servait à quelque chose de savoir maintenant d'où c'est parti. Allez, M6 (actionnaire principal : RTL Group lui-même propriété du groupe allemand Bertelsmann) faut que tu arrêtes de nous prendre pour des cons.
Puis sur France 2, je m'attendais à du gratiné. Bon, un peu déçu, j'allais éteindre quand - paf !- "Macron a parlé pendant trois heures avec le professeur Raoult." Mais c'était top secret, on ne saura pas ce qu'ils se sont dit. Pas avant ce lundi de Pâques ! Sur les images muettes, on voit Manu qui se frotte les mains (au gel hydroalcolique ? ou nerveusement ? ou pour faire sérieux auprès des Français ? J'ai mon idée). Et là, au détour des creuses périphrases, saille ce commentaire : "...des images prises par un particulier", aha ! donc non autorisées, non calculées, ni du président, ni de Raoult ; en fait, mes chers amis, ce sont des images volées, rendez-vous compte ! Et elles finissent naturellement diffusées sans aucune justification par la télé nationale à l'insu du plein gré de notre président. Pff ! Ils n'ont aucun respect pour les gens qui les écoutent, ils les croient bêtes. Le président lui-même nous prend pour des cons. Allez, il faut vraiment qu'on gratte au plus vite le pourri de l'audiovisuel public...
- Ah oui, mais comment on pourrait faire ?



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Journal de déconfinement - jour 2 (autres réponses reçues)

De ma belle-soeur :
"Coucou Richard, oui politique du gouvernement puisque Brabois était dans le collimateur depuis presque un an (gestion catastrophique soit disant alors qu'ils exploitent à fond les internes pour un petit salaire avec maximum de gardes) Melodie la compagne de Flo est infirmière au c.h.u et la fermeture des lits et le licenciement de plus de 500 personnes étaient déjà en place dans certains services... la santé "n'est pas rentable " alors que l'on connaît très bien le nombre de spécialistes de la santé qui s'enrichissent sur nos maladies... J'ai appris par Annette qui regardait une chaîne d'info allemande que M. Macron s'était vanté d'avoir “fait fermer” un hôpital fin de l'année dernière... beaucoup d'hypocrisie et d'écran de fumée.... à la fin du confinement je serai dans la rue pour soutenir le personnel soignant, puisque comme tout le monde, je ne l'ai qu'à peine écouté, trop intéressée par la nouvelle loi sur les retraites... quand tu apprends que 5 chirurgiens opposés au programme prévu ont menacé de quitter l'hôpital, s'ils n'étaient pas entendus, je me dis encore une fois que les médias n'ont pas fait leur boulot, et qu'on nous prend, à longueur de temps, pour des crétins. Le gouvernement de Macron n'est pas le seul responsable mais il a accéléré le processus... bon je vais me coucher, je m'endormais il y a un quart d'heure ... maintenant j'ai la rage !! Merci beau-frère !!😁... Fabius et d'autres tordus ont bien encore une bonne place à nos frais, alors je ne m'inquiète pas pour celui-là... on continuera à payer pour lui aussi !!! Bonne nuit, et en attendant de se revoir, on aura toujours le plaisir de te lire ! On attend les prochains challenges !"
Merci ma belle-soeur.
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De G.
"Analyse partagée mon cher Richard. Tiens, une heure d'occupation : https://www.youtube.com/watch?v=p6d82YwSFII
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De M., la pensée du jour :
"Un dirigeant qui veut maintenir son autorité sur ses collaborateurs va s'entourer de personnes plus bêtes que lui, un dirigeant intelligent va s'entourer de collaborateurs plus intelligents que lui afin de progresser."
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De R. :
"Voilà des compléments d'infos du répu (sur le limogeage et sur le transfert de malades annulé), Sur les 2 thèmes évoqués ! J'ai écouté la quetsche ( porte parole du gouvernement) qui évoquait qu'il avait fait une erreur en évoquant ce sujet vu que tout avait été suspendu en matière de décisions concernant l'hôpital public en France, par notre président. Notre président dont j'attendais avec impatience les paroles pour ce soir et bien “non” ce sera pour le lundi de Pâques, notre cadeau probablement. Ceci étant Richard, je n'ai pas compris pourquoi tu as appelé ta rubrique ainsi, le déconfinement on en est encore loin, mais tu vas nous expliquer. Si je retrouve l'article du répu relatif au dégraissage de l'hôpital de Nancy, je vous l'enverrai car je l'avais donné à ma nièce qui y travaille."

Je réponds :
Intéressant, le parcours de C. Lannelongue : il est de la caste (on pouvait s'en douter) mais il n'a pas percé parce qu'il lui aurait fallu pour ça avoir des ambitions politiques – ou peut-être a-t-il suivi le mauvais cheval. La question que tu me poses, je ne me l'étais pas posée. Tu m'obliges donc à rassembler mes idées.
"Journal de déconfinement", c'est un à-peu-près, un agrégat d'idées vagues, une volonté de ne pas dire franchement les choses, de laisser chacun trouver son explication – de la poésie, en quelque sorte. Mais je te réponds. Je pensais aux gens qui comptent, de diverses manières, les jours de confinement (il y en a plein sur Internet et j'en connais un qui envoie des blagues à tous ses contacts pour remonter le moral), et je me suis dit que je pouvais faire pareil... et en même temps pas pareil, de façon plus originale, pas avec l'idée de remonter le moral avec des blagues, de la musique ou en racontant ma vie. J'ai pris le contre-pied : "faisons le compte à rebours", ça restera encore positif. Pour être honnête, j'avais pensé à un jeu de mot sur dé-con-finement, l'idée qu'on serait moins cons après qu'avant, qu'on ne se laisserait plus mener par le bout du nez, qu'on aurait appris la leçon. Mais ce jeu de mot, un ami d'un ami l'avait déjà fait en accrochant une banderole à son balcon à Yutz sur laquelle il avait écrit quelques chose comme “Nous subissons le confinement tandis que le gouvernement joue au con finement”, ce qui lui avait valu une visite de la police envoyée par le maire, Bruno Sapin. Comme je n'ai pas trouvé mieux, j'ai renoncé et je suis parti sur "journal de déconfiture" (celle du gouvernement bien sûr), avec l'idée de reprendre ce qui me paraissait illogique dans la gestion du confinement. Mais trop précis, et il n'y avait plus le lien avec la situation. Bref, j'ai arrêté de chercher...



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Journal de déconfinement - jour 2

Concernant le limogeage de Lannelongue, j'ai reçu trois réponses hier, dont celle-ci :
" Le transfert des malades vers d'autres hôpitaux est bien géré par l'ARS ? Que ce directeur nous explique pourquoi un avion est venu de Istres au Findel et que tout a été annulé au dernier moment. Raison: il y avait assez de places dans les hôpitaux de la région . Bon c'est la version officielle..... Sur le plan prévu pour l'hôpital, il a raison, mais fallait-il en parler maintenant? Donc, deux ''conneries'' en si peu de temps, la sanction est justifiée et je ne parlerai pas de caste. Nous ne sommes pas en Inde."
 L'Inde, c'est inspirant. Le dico rapide de Google me dit : "Caste : Groupe social fermé, jaloux de ses privilèges. (péjoratif)" 
Macron est bien entouré des gens de sa promotion de l'ENA, d'autres énarques, d'élèves de Sciences-Po, de HEC et de banquiers-inspecteurs des finances (ou l'inverse), n'est-ce pas ? Ce titre de Paris-Match résume la situation. 
https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Ena-la-promotion-Senghor-s-empare-du-pouvoir-1488458

En voici l'illustration (non exhaustive, bien sûr), renseignements tirés de "Les voraces / les élites et l'argent sous Macron" par Vincent Jauvert chez R. Laffont :
- Henri de Castries, inspecteur des finances, ancien patron d’AXA et de l’OMC, siège au CA de Sciences-Po,
- Pascal Lamy, siège au CA de Sciences-Po, ancien patron d’AXA et de l’OMC, inspecteur des finances, 
- Sébastien Veil, petit-fils de Simone Veil, en Khâgne au lycée Henri IV avec Macron, réussit le concours de l’ENS (pas Macron), promotion Senghor de l’ENA, entre au conseil d’état en 2004, épouse Sibyle Petitjean en 2006, rejoint Advent, fonds d’investissement, en 2016 ; participe au groupe de réflexion d’Emmanuel Macron sur les institutions en 2017, animateur du pôle culture de En Marche avec Dorothée Silk
- Sibyle Petitjean, promotion Senghor de l’ENA, entre au conseil d’état en 2004, épouse Sébastien Veil en 2006, devient présidente de Radio France en 2018 (222.000 € par an)
- Dominique Boutonnat, financeur de la campagne d’Emmanuel Macron (7500 €), producteur d’Intouchables, nommé président du Centre National du Cinéma par Emmanuel Macron, contre l’avis de 70 cinéastes qui auraient voulu quelqu’un de neutre (un fonctionnaire, par exemple) pour distribuer les subventions
- Arnaud Julian, énarque, promotion Senghor, en charge du budget de l’Education Nationale à Bercy, nommé secrétaire général de Sciences-Po en remplacement de Charline Avenel
- Charline Avenel, énarque, camarade d’Emmanuel Macron, ex directrice adjointe du cabinet de Valérie Pécresse ministre de l’enseignement supérieur, puis secrétaire générale de Siences-Po, est nommée rectrice de l’académie de Versailles bien que ne disposant pas de l’habilitation à diriger des recherches, nomination rendue possible grâce à un changement des règles par décret du gouvernement et soutien (quoique mou) de Jean-Michel Blanquer
- Arnaud Julian, énarque, promotion Senghor, en charge du budget de l’Education Nationale à Bercy, nommé secrétaire général de Sciences-Po en remplacement de Charline Avenel
- Jean-Marc Huart, nommé recteur d’académie grâce au décret changeant les règles de nomination, ex directeur de l’enseignement scolaire du ministre Jean-Michel Blanquer ; (remplacé à ce poste par Edouard Jeffray)
- Edouard Jeffray, animateur du groupe liberté et laïcité pendant la campagne de En Marche, maître des requêtes au conseil d’état, nommé directeur de l’enseignement scolaire du ministre Jean-Michel Blanquer, en remplacement de Jean-Marc Huart
- Bruno Lasserre, vice-président du conseil d’état nommé en 2017 par Emmanuel Macron, son vote double a permis à Emmanuel Macron de changer le mode de nomination de 22 consuls importants, dont celui de Los Angeles ; siège au CA de Sciences-Po
- Philippe Besson, écrivain, membre de l’équipe de campagne de Emmanuel Macron, nommé consul général de France à Los Angeles par Emmanuel Macron qui a publié un décret pour changer la loi et lui permettre de nommer aussi les consuls, contre l’avis des syndicats de la magistrature
- Guillaume Goulard, énarque, époux de Sylvie Goulard, avocat fiscaliste devenu président de la 9ème chambre du conseil d’Etat chargée du contentieux fiscal,
- Sylvie Goulard, énarque, épouse de Guillaume Goulard, députée européenne MoDem qui en 2014 a touché 10.000 € par mois d’un think tank américain ; depuis le début dans l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, directrice du groupe Europe de la campagne et dans le comité stratégique avec Alexis KohlerRichard FerrandPhilippe GranjeonIsmaël Emelien, futurs conseillers spéciaux de l’Elysée ; démissionne après le scandale des assistants parlementaires MoDem ; nommée aussitôt 2ème sous-gouverneure de la Banque de France (210.000 € brut / an + 5700 € d’indemnité de logement) ; proposée en 2019 par Emmanuel Macron comme commissaire européen ; rejetée, a donc gardé son poste au conseil d’état (et l'indemnité).
Et cetera.
Voilà des gens qui ne font que passer du public au privé, aller retour, en jouant au jeu des chaises musicales, se promouvant eux-mêmes dans un entre-soi qui non seulement dépasse le cadre des partis politiques de gouvernement mais les englobe, à chaque fois mieux payés que la fois précédente, aux frais du contribuable. C'est une caste, au sens noble  péjoratif du terme.



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Journal de déconfinement - jour 1

JOUR 1
J'ai appris avec un indicible frisson de plaisir que Christophe Lannelongue vient d'être limogé par... (ce n'est pas toujours dit par ceux qui donnent l'info, mais tout le monde comprend bien que c'est) le gouvernement, voire le chef suprême en personne. Et je me suis informé, pour ne pas dire de connerie :
1. Sur Google def : "limoger / verbe transitif : Frapper (une personne haut placée) d'une mesure de disgrâce"
En gros, c'est punir, comme on met au coin un enfant qu'on aime mais qui a déplu.


2. "Les directeurs généraux des agences régionales de santé sont nommés en conseil des ministres, souvent sur proposition de la ministre chargée de la santé."
J'en déduis évidemment que ce directeur de notre Agence Régionale de Santé était bien vu, dans les petits papiers du pouvoir, nommé pour témoigner une reconnaissance bien servile au prince qui l'a placé là... avant de tomber pour avoir dit que... (suivez le lien - c'est France Info qui le rapporte, c'est donc du sérieux) :
Et maintenant, vous en savez autant que moi et vous pouvez conclure, avec moi, que :
- Monsieur Lannelongue ne peut pas avoir été démis de ses fonctions pour avoir dit une bêtise, si énorme fût-elle, car on ne perdrait son poste (normalement, dans une démocratie) que pour des fautes professionnelles graves, n'est-ce pas ? Et là, on n'est pas du tout dans ce cas.
- M. Lannelongue, que nous pouvons supposer un fidèle et dévoué serviteur de l'état, a donc été sanctionné par nos princes pour avoir dit la vérité, avoir simplement révélé leur véritable projet pour l'après pandémie Covid-19.
Et c'est pourquoi je me réjouis qu'il ait parlé honnêtement et qu'il soit puni d'une façon aussi rapide et folle. Car ainsi se dévoile soudain la psyché collective de la caste qui nous gouverne.
Ca vous laisse pantois, hein ? 
Bon, pour le gars Lannelongue, c'est un peu bête, mais il ne va certainement pas finir à la rue. Peut-être même que le patron lui a automatiquement proposé un parachute doré, et encore mieux payé ! Pour qu'il la ferme. On vérifiera.


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mercredi 1 avril 2020

Comprendre la réforme pour la retraite à points (7)

7. Ce que prépare en réalité la réforme des retraites


Dans le même temps que le budget de la Sécurité Sociale était amputé d'une partie de ses recettes (voir chapitres précédents), les caisses de retraite complémentaire se constituaient 
une réserve de 137 milliards.

Pourquoi ne pas les utiliser pour abonder le régime général ?

Il n'y a pas d'explication logique.



L'AGIRC-ARRCO, qui gère et verse les retraites complémentaires, étant un organisme
MUTUALISTE 
et 
SANS BUT LUCRATIF
pourrait très bien "rapporter davantage à la branche retraite de la SS" comme le souhaiterait son président, Gérard Rivière. 



L'AGIRC-ARRCO regroupe au moins une douzaine de caisses de retraite complémentaire parmi lesquelles : 
AG2R la Mondiale
Groupe AGRICA, 
Groupe APICIL, 
BTP R, 
MALAKOFF Humanis, 
PRO BTP Groupe, 
LOURMEL, 
C IRCEM Groupe, etc.


AG2R la Mondiale regroupe elle-même :
Réunica Prévoyance, 
AG.Mut, 
ViaSanté Mutuelle, 
Réunica Mutuelle, 
la Mutuelle Interprofessionnelle Antilles Guyane (Miag), 
la Mutuelle du Ministère de la Justice (MMJ), 
Prado Mutuelle
et Territoria mutuelles.


Toutes ces caisses, nées à partir de 1990, sont elles-mêmes des 
organismes paritaires, mutualistes et à but non lucratif 
dites Sociétés de Groupe d'Assurance Mutuelle (Sgam).

Ce statut les incite donc à faire profiter leurs adhérents des bénéfices qu'elles dégagent.
Mais non ! Elles les taxent toujours davantage (voir chapitres précédents).



Et en même temps, elles placent de l’argent en bourse. (AG2R va jusqu'à sponsoriser une équipe cycliste.)

Exemple : 
PREDICA est la filiale assurance vie de Crédit Agricole Assurances
qui est filiale du Crédit Agricole 
qui est quant à lui une simple banque, loin du mutualisme de ses début. 

En vertu de la loi (européenne) sur le secret des affaires, il est certainement impossible de connaître comment circulent les capitaux entre ces sociétés. Enquête à mener !


PREDICA et Malakoff Médéric Humanis 
ont acquis 1/3 du capital de 
Korian SA.


Korian SA est une entreprise privée de gestion de maisons de retraite médicalisées appelées EHPAD (780 établissements, 76000 lits), de cliniques spécialisées, de résidences services, de soins et d’hospitalisation à domicile, présente dans six pays (France, Allemagne, Belgique, Italie, Espagne et Pays-Bas). 

Au capital de Korian SA participe aussi le fonds de pension canadien, Investissements PSP.

Vous me direz, c'est bien que tous ces organismes investissent dans la santé et pour le bien-être des personnes âgées dépendantes. Seulement, Korian SA ne fait pas dans la  philanthropie. Ceux qui ont un vieux parent dans un EHPAD Korian en savent certainement quelque chose. Les soignants qui y travaillent peuvent aussi en témoigner. Et ils le font déjà depuis des années... en vain.                                                                             Korian SA, c'est seulement du business.    (*)                                   

Et c'est bien logique puisque 55,96% des actionnaires sont des personnes de droit privé qui réclament chaque année leurs dividendes.

Voici d'ailleurs une analyse boursière de Korian SA en 2019 : « marché de l’EHPAD privé en forte croissance et capacité du groupe à maintenir sa rentabilité, y compris dans les projets comportant des volets sociaux »

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Ainsi, les cotisations aux caisses de retraite créent de l’excédent et cet excédent abonde les capitaux de personnes et de sociétés privées au lieu de bénéficier aux affiliés.

Ne s'agit-il pas tout bonnement d’un détournement de l'objet des cotisations ?

Les assureurs privés se sont d’ailleurs réjouis de cette réforme. On ne se demande plus pourquoi.

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Concernant la variable des cotisations, je disais au chapitre précédent "on constate des changements dont on comprend difficilement les raisons". Je voulais seulement signifier qu'elles étaient plus ou moins cachées, car on ne les comprend que trop bien : la nouveauté est par exemple qu' au-dessus de 3 fois le plafond de la Sécurité Sociale, personne ne cotisera plus pour la retraite : ça va être dur pour les hauts salaires de percevoir une retraite correspondant à leur revenu d'activité... avant qu'on abaisse bientôt le plafond SS, grâce aux manettes de pilotage du système, de façon à augmenter encore le nombre de salariés dans le même cas.

Au secours, qu'est-ce qu'on va faire pour compenser cette perte ? 

On apprend en effet dans le texte de la loi que les retraites complémentaires ne seront plus utiles et qu'elles seront fondues dans  le système universel. Il y a d'ailleurs de nombreux articles  expliquant comment se fera la transition pour chaque régime complémentaire "spécial".



Qu'on ne s'inquiète donc pas pour cela. La réforme pour une retraite universelle a tout prévu.

"Article 65
Le présent article ratifie trois ordonnances relatives aux dispositifs de...
  retraite supplémentaire."

Ce sont en fait les complémentaires mangées par la fenêtre qui reviennent par la porte, mais cette fois, sans l'obligation du statut d'organisme paritaire, mutualiste et à but non lucratif.

"L’ordonnance n° 2019-575 du 12 juin 2019 relative aux activités et à la surveillance des institutions de retraite professionnelle transpose la directive (UE) 2016/2341 dite « IORP II » et a été prise sur le fondement de l’article 199 de la loi du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises (loi PACTE). La transposition de la directive précitée ayant été anticipée par l’ordonnance n° 2017-484 du 6 avril 2017, qui mettait en place les organismes de retraite professionnelle supplémentaire, l’ordonnance n° 2019-575 en achève la transposition, notamment en renforçant l’information à fournir aux affiliés et en introduisant la faculté de transfert transfrontalier de portefeuilles de contrats. Les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise doivent par ailleurs être pris en considération dans les investissements financiers réalisés.
Enfin, le périmètre des engagements que les organismes de retraite professionnelle supplémentaire peuvent porter a été étendu aux contrats souscrits individuellement et à adhésion facultative, ce qui permet à ces véhicules d’assurer désormais tout type de plan d’épargne retraite. Les organismes de retraite professionnelle supplémentaire constituent, dans ce cadre complété, des véhicules spécifiquement conçus et adaptés pour porter des engagements de retraite et pour financer l’économie sur le long terme, en dégageant une performance attractive pour les épargnants. Le secteur de l’assurance est appelé à se mobiliser, afin que le recours à ces véhicules se généralise et que l’économie française puisse ainsi bénéficier pleinement du dynamisme de l’épargne retraite généré par la loi PACTE."


Ca va être vachement universel, la retraite ! Et tout ce bazar va être mis en place par ordonnances.

Vous en tirez vos conclusions.


(fin)

(*) Ceci explique peut-être aussi la situation dramatique des EHPAD face au covid-19...