dimanche 13 décembre 2020

Lexique du savoir-vivre à l’usage des apprentis dilettantes – 22. Reprise / 23. Fin

Exercices de définition par l’exemple, l’analogie, l’incise, la digression, le glissement de sens, l’à-peu-près, le calembour et le parti pris

22. Reprise

a) Reprise en main.
« Reprendre sa vie en main », leitmotiv à la mode, bonheur des coachs de vie, fonds de commerce de nombreux magazines, aubaine pour l’industrie du bien-être cosmétique et biologique, terreau du sectarisme, machine à pognon, et cetera. Comment expliquer un tel succès ? Notre société fabriquerait-elle un si grand nombre d’êtres dépossédés de leur vie ? Nos vies nous seraient-elles volées ? Comment ? Par le confinement sanitaire ? Sans le moindre doute. Par le contrôle de nos revenus, de nos déplacements, de nos agissements, de notre identité, de notre santé ? Mais bien sûr. Par le travail ? Surtout. Par l’uniformisation de l’offre de consommation, de culture, de pensée ? Absolument.
Nous sommes devenus gris en dedans comme sont gris nos vêtements et les façades de nos maisons.

b) Reprise du film.
On découvre une salle où des gens préparent des pancartes revendicatives et se servent de paquets de tracts sur lesquels on reconnaît le visage de Macaron 1er dans le costume d’Ubu. Sur une grande affiche, les mots « Votez Résistance » et le portrait de Merlichon. L’homme est assis dans un coin de la pièce, sous deux projecteurs. Une assistante lui éponge et lui poudre le front. La camera-woman opère un dernier réglage. Une jeune femme aux longs cheveux noirs, regardant l’écran de son téléphone portable, s’approche de Merlichon :
- Tu as vu ? On vient de  dépasser le million d’abonnés sur Butouy ! Génial ! (elle lui montre l’écran)
- Oui. Dommage que notre cote officielle ne suive pas aussi bien.
- Bah. Tu sais bien que les sondages sont truqués.
- Oui, je sais, ça fait partie du story telling. Bon, on y va ? Je vais essayer d’être bref et concis. Et pendant qu’on sera à la manif, tu balanceras la vidéo sur tous les réseaux. Je crois que ça va faire son petit effet.

Soudaine agitation derrière la porte, dans l’escalier.
- Qu’est-ce qui se passe ?
Des cris. La porte est ouverte violemment. Une dizaine de SecPo, police privée chargée de la sécurité de l’empereur, reconnaissables à leur uniforme de cuir noir et leur brassard frappé de la croix macaronienne, font irruption dans la pièce, bousculent les personnes présentes, les regroupent dans un coin en les menaçant de leurs armes, puis commencent à débrancher les ordinateurs pour les emporter. La camera est saisie également. Un officier s’avance vers Merlichon :
- Je vous arrête. Pour meurtre. (voir l'épisode 18. Fiction)
- Quoi ? C’est une plaisanterie.
- Ta gueule. Embarquez-le !
Deux SecPo menottent Merlichon et le poussent vers la porte tandis que les autres finissent de fourrer dans des sacs tout ce qui leur semble bon à confisquer.
De la rue s’élèvent alors des sirènes de police. Course dans l’escalier. Arrivent des policiers de l’Empire.
- Qu’est-ce que vous fichez là, vous ? Beugle l’officier de la SecPo.
- Ben
, quelqu’un nous a appelés… explique le capitaine de police.
- Ce ne vous concerne pas. Le Sinistre du Confinement a été assassiné par ceux-là. Affaire d’Etat, secret défense. Dégagez !
Le capitaine hoche la tête, embarrassé. Gros plan sur la jeune femme aux cheveux noirs qui se trémousse afin d’attirer son attention. Le capitaine, la voyant, tressaille imperceptiblement.
Noir.

Plongée sur la ville. Les divers cortèges de manifestants convergent vers la Grande Avenue. Aussitôt qu’ils y entrent, ils se transforment en une marée de couleurs fluorescentes, chacun tirant de sa poche un gilet de signalisation. Un chant s’élève, puissant, qui fait trembler les vitrines.

Plan moyen sur le QG des gilets. Zoom sur l’un des opérateurs :
- OK. On ne lance pas encore le plan B.
- Mais on envoie les rétiaires !

Gros plan sur un manifestant qui consulte son téléphone. Puis un autre et d’autres encore.
Gros plan sur un écran de téléphone sur lequel clignote le mot « Rétiaire ».

Zoom arrière : la porteuse de ce téléphone, trente cinq ans, un pansement sur un œil, sort du défilé, jette son gilet, pénètre dans un immeuble.

Plan moyen sur le bureau du préfet Langlais. Le préfet est au téléphone :
- Quoi ? Ils prennent la direction du palais ? … Les troupes de protection sont en place au moins ? … Bien  …. Non, attendez, vous bouchez toutes les issues de l’avenue. Et vous ne lâcherez les gaz que lorsqu’ils y seront tous entrés.

Caméra subjective. Plan séquence. La manifestante au pansement sur l’œil gravit les marches quatre à quatre, débouche sur le toit de l’immeuble, se dirige vers un petit édifice de service, en ouvre la porte avec une clé tirée de sa poche. A l’intérieur : un fusil, type lance roquette, chargé. Elle s’en saisit, l’épaule, se plaque contre le mur et guette sa proie.
Elle est rejointe par un jeune homme qui se poste à côté d'elle.
Un premier drone gazeur se pointe. La sniper attend qu’il soit à la distance idéale. Elle vise, tire. La roquette fuse et déploie son filet sur le drone qui hoquette et choit vers le sol. D’un geste rapide, en tirant sur le mince câble qui relie l’arme au filet, le jeune homme ramène le drone sur le toit de l’immeuble et en détache la capsule de gaz. Des toits des immeubles, tout au long de l’avenue, d’autres snipers, d’autres filets ont capturé les drones. La sniper a déjà rechargé et abattu un second drone.

23. Fin
- Ou encore une coupure ? !

Louis Fouché conseille de ne pas se faire vacciner avec ce truc-là :
https://www.youtube.com/watch?v=Tp-k7mF7BRk

- Et fin de la saison 1.

 

samedi 12 décembre 2020

Lexique du savoir-vivre à l’usage des apprentis dilettantes – 22. Coupure (suite)

Exercices de définition par l’exemple, l’analogie, l’incise, la digression, le glissement de sens, l’à-peu-près, le calembour et le parti pris

22. Coupure (suite)
Plus longue que prévu.

- Un être humain (au début) à propos de la Suède et Pascal Sacré (à la 10ème minute) à propos des enfants et du covid. (plus des nouvelles de REINFO COVID dans le texte) :

https://www.youtube.com/watch?v=1wAEmuJSzWY

 

- François Ruffin et Sébastien Jumel à propos d’EDF :

https://www.youtube.com/watch?v=bJqrOmS0vu0

 

- Jean-Yves Nau (et deux commentateurs) à propos de pub vaccinale :

https://jeanyvesnau.com/2019/04/19/qui-a-decide-de-faire-une-telle-publicite-pour-inciter-le-citoyen-a-se-faire-vacciner

Note : « L'expression « colloque singulier » désigne en médecine la principale modalité de la relation médecin-patient, qui sous-tend une large part de la pratique médicale et protège en particulier le secret médical. Le colloque singulier est, dans son acception première, la relation bilatérale et protégée, en confiance, du médecin et de son patient. Selon une expression fréquemment prêtée à Louis Portes, il constitue "la rencontre d'une confiance et d'une conscience". Cette notion est essentielle dans la pratique hippocratique qui voit le médecin et le patient comme des alliés dans l'observation, le pronostic et éventuellement le traitement de la maladie perçue comme une crise dans la vie du patient. » (Wikipedia)

 

- Cemil (prononcer Djémil) interviewe une « black bloc » :

https://www.youtube.com/watch?v=wAlqjB6kjR8

 


jeudi 10 décembre 2020

Lexique du savoir-vivre à l’usage des apprentis dilettantes – 20. Projection (suite)

Exercices de définition par l’exemple, l’analogie, l’incise, la digression, le glissement de sens, l’à-peu-près, le calembour et le parti pris

20. Projection (suite de fiction et caricature)

a) Construction intellectuelle, action d’imaginer le futur ou un avenir.

b) Actuellement, les professionnels du cinéma ne parviennent pas à se projeter dans un avenir qui se révèle de jour en jour des plus incertains.

Mais le film continue.

La lumière se fait. Silhouette d’un homme de dos, seul face à un grand écran d’ordinateur. Au-dessus de sa tête, au mur, des affiches : « La pensée est libre », « Ni Dieu, ni maître », « Collectif Rémi Fraisse ». Plan rapproché de l’écran sur lequel apparaissent des visages. :
- Vous êtes tous là? Commençons.
Les visages s’animent l’un après l’autre. Zoom sur chacun d’eux :
- L’ordre du jour était l’action. Imaginer de nouveaux modes de lutte.
- Je rappelle quand même que nous devons rester prudents.
- C’est vrai, notre rôle est plutôt de guider.
- Et surtout de fédérer les luttes !
- Les gens ne sont malheureusement pas mûrs pour ça. Chacun revendique pour soi, égoïstement.
- Changeons-les ! Portons leurs les valeurs d’humanisme et de solidarité.
- Soyons la vraie force révolutionnaire.
- Oui, l’action politique est totalement dévoyée, corrompue.
- Il nous revient de faire lever le peuple afin qu’il décide lui-même de son destin.
- Soyons les éveilleurs des consciences !
- Je propose une vidéoconférence sur le thème de l’aliénation et de la résilience.
- Je propose la création d’une bibliothèque révolutionnaire en ligne.
- Je propose de diffuser les comptes rendus de nos réunions de travail.

Une voix féminine :
- Notre cible privilégiée, ce sont les femmes. C’est par les femmes que nous vaincrons. La femme est l’avenir de l’homme !
Applaudissements nourris.
Plan sur l’écran entier, où l'on voit qu'elle est la seule femme du groupe.
Noir.

Cabinet du Sinistre de la Police et de la Propagande.Darmanino, assis, au Préfet Langlais, debout :
- Incroyable. C’est comme si les manifestants s’étaient concertés.
- Oui. Bizarre que le renseignement n’ait rien vu. Enfin, aucune manifestation n’a été déclarée. Il n’y aura qu’à appliquer la loi.
- Je compte sur vous pour m’empêchez ça. Coûte que coûte ! Est-ce que les flics au moins sont rentrés chez eux ?

Langlais découvre ses canines dans un rictus :
- Pas de souci : l’immunité totale plus l’augmentation de salaire, ça a bien calé leurs appétits. Pour un temps, du moins… Enfin, mes troupes sont prêtes, elles piaffent même. Et les chiens n’ont pas mangé depuis deux jours. On va vous les exciter, ces emmerdeurs de gauchistes, jusqu’à ce qu’ils pètent les plombs. Après ça, on n’aura plus qu’à les cueillir avec l’arsenal habituel. Et avec la loi sécurité globale, ce soir, il y aura tellement de gardes à vue qu’on ne saura plus où les mettre.
- C’est bien. Ils doivent avoir peur. Ils n’ont pas encore assez peur, semble-t-il. Durcissez donc, Langlais, durcissez !

- Euh... je fais donner les drones gazeurs ?
- Vous avez carte blanche.
Le visage du préfet Langlais s'illumine de reconnaissance.
Noir

Une salle enfumée, pleine de gens bruyants vêtus de gilets de signalisation. Un mur nu, agglos apparents, sur lequel un grand plan de la ville. A côté, un écran géant où l’on voit divers groupes de manifestants. Au-dessous, sur une table, des bouteilles de bière, des thermos de cafés, des sandwichs.
Un groupe de personnes arrive, accueilli par des cris joyeux. On se presse autour d’eux.
- Alors ? Alors ?
- On voulait vous l’annoncer de vive voix. De source sûre (un pote infiltré qui bosse au sinistère du Confinement) : il n’y a plus de virus. Il ne circule plus depuis des mois déjà. Tous les chiffres sont truqués. Le confinement, c’est du pipeau !

Suivent des hourras et des embrassades.
- Bon. Puisque les Commercy sont arrivés, notre assemblée des assemblées est au complet.
Re-tonnerre d’applaudissements et de vivats.
- Chut, écoutez !
Travelling sur une dizaine de personnes assises à une autre table, très concentrées, devant des ordinateurs ou munies de téléphones portables. Plusieurs prennent la parole :
- On est bien parti, les amis. Je suis en liaison avec les commerçants. Qui l’aurait cru, hein ?
- Moi, avec le groupe des étudiants, ça roule.
- Les soignants se sont rangés avec les pompiers et les ambulanciers.
- Merde ! Les intermittents du spectacle vont droit dans une nasse. Ils sont foutus.
- Non ! Ils peuvent encore rejoindre les nôtres par les escaliers de la Butte. Préviens-les qu’on les attend.

Sur l’écran géant, on suit les manœuvres.
- Les salopards, ils envoient les drones gazeurs !
- OK. Ils l’auront voulu. On passe au plan B.
Noir.

 

mercredi 9 décembre 2020

Lexique du savoir-vivre à l’usage des apprentis dilettantes – 19. Caricature (suite)

Exercices de définition par l’exemple, l’analogie, l’incise, la digression, le glissement de sens, l’à-peu-près, le calembour et le parti pris

19. Caricature  (suite de fiction)

a) Liberté d’exagérer, de simplifier, d’omettre, d’orienter, d'inventer des propriétés (qualités et défauts) d’une personne, d’une personnalité. (extensible aux idées)

b) « Nous ne renoncerons pas aux caricatures ». E.M, le 21 octobre 2020.

c) Toute ressemblance avec des personnes réelles est intentionnelle.

Le film continue.

Plan large. Le soleil se lève sur la ville, pâle falot dans du smog à gogo. Dans une rue déserte, les haut-parleurs diffusent les consignes : « Restez chez vous, le couvre-feu ne prend fin qu’à 8 heures. Sortir vous expose à une amende de 135 euros, 1500 en cas de récidive. »

Sirène de police ; la voiture blindée entre dans le champ ; freinage, tête-à-queue. Les keufs jaillissent du véhicule, s’engouffrent dans un immeuble.
Caméra subjective : à l’étage sur le palier, la femme de ménage en pleurs explique : « Je l’ai trouvé comme ça, ce matin. Snif ! » Les keufs la poussent de côté, entrent dans la chambre.

Gros plan sur le profil troué de Véreux. Travelling sur la chambre, arrêt sur un tract, comme tombé au sol, portant le sigle bien connu du mouvement « Résistance ».

Voix off de plusieurs keufs :
- Ah, putain, la conne. Ce bout de papier ne suffira pas.
- Et si je signais, putain…
- Ouais, putain, vas-y !
- Putain, c’est épais, ça colle. Où j’écris ? Ah là, sur le plancher. … Voilà.

Léger zoom arrière : on découvre près de la tête du mort l’inscription en lettres de sang : « Merlichon m’a tuer »
- Putain, les gars, c’est pas trop crédible. Le gusse, il a dû canner sur le coup.
- On s’en branle, putain. Personne n’ira nous chercher des poux. On est protégés, putain.
- Hé, toi, la bonniche, putain.

Gros plan sur le visage de la femme de ménage qui couine :
- Ouiiii ?
- Tu l’avais bien vue, l’inscription ?
- Quelle inscription ? … Ah oui, oui, je l’ai bien vue en entrant. Même que je me suis dit...
- Ta gueule, putain. Bon, les gars, j’appelle les journaleux pour les images. D’abord ici, ensuite avec nous au QG de Merlichon.
 »

Plan d’ensemble en plongée sur la ville.

Les drones sillonnent l’espace. Les haut-parleurs beuglent : « Fin du couvre-feu. Rendez-vous maintenant à votre travail. N’oubliez pas votre Ausweiss ».
Des voitures s’engagent sur les chaussées. Des gens sortent des immeubles et s’agglutinent aux stations de bus, descendent dans le métro. Les bus arrivent, les uns derrière les autres. Les gens y montent par vagues.
En divers endroits se forment des attroupements qui occupent la chaussée. Léger zoom avant. On voit se déployer des drapeaux, des banderoles.

Zoom en plongées rapides et successives sur chacun des rassemblements :
Les manifestants brandissent des pancartes et scandent :
Ici, « Ouverture des commerces »
Là « Les artistes veulent vivre ! »
Ailleurs, « Laissez-nous nos tire-fesses ! »
Et encore : « Liberté pour les universités » ou « Nos retraites sont sacrées » ou « Des moyens pour l’hôpital ! », « Embauchez pour l’école ! », « Restaurateur mort pour rien ! », « Marre du smog ! »
Zoom arrière : tous les cortèges convergent vers le centre de l’image.

Sans transition. Macaron 1er furax, dressé sur ses ergots, reçoit Darmanino avec une bordée d’injures.

- Vous avez vu ces images ? C’est quoi ce bordel ?
- Les manifestations ? Mais vous savez bien, votre majesté, que ça finira comme d’habitude. J’envoie les black-blocs dès que les rassemblements sont assez denses, je fais nasser et on commence à gazer et tirer dans le tas...
Je ne vous parle pas de ça, nom de Zeus. Je vous parle de la police qui manifeste elle aussi maintenant.
- Ah,  la police. Non, c’est gentil. Ils veulent juste vous mettre un peu la pression.
L’empereur manque de s’étrangler.
- Mais c’est de votre faute aussi, votre majesté, c’est vous qui leur avez dit qu’ils étaient « le dernier rempart de la République ». Alors maintenant que vous êtes empereur, ils veulent leur récompense. C’est un peu normal.
- Mais ils ont déjà tout : le salaire, les primes, les armes, toute latitude pour aller au devant de mes désirs, l’indemnisation des frais de justice, mon soutien… Alors, qu’est-ce qu’ils veulent de plus ?
- L’immunité totale, votre majesté. Je me suis d’ailleurs permis de la leur promettre. »

Darmanino recule, courbé en deux, masquant ainsi son sourire de Tartuffe.

(à suivre)

mardi 8 décembre 2020

Lexique du savoir-vivre à l’usage des apprentis dilettantes – 18. Fiction

Exercices de définition par l’exemple, l’analogie, l’incise, la digression, le glissement de sens, l’à-peu-près, le calembour et le parti pris

18. Fiction

a) Toute ressemblance avec des personnes réelles ne serait que pure coïncidence.

b) Le film commence.

Panoramique sur le Palais de Leslisiers, Empire du Banana, entouré de barbelés et de chevaux de frise, gardé par des canons et des mitrailleuses montés sur autochenilles. Puis zoom avant, et plan séquence à travers le bâtiment jusqu’au bunker impérial situé dans les sous-sols.

Assis à une longue table, Macaron 1er s’impatiente. Les épaules secouées de soubresauts, il grommelle et grince des dents tour à tour. Le maréchal Dugenou brosse ses ongles sur la manche de son uniforme. Degol, son conseiller en stratégie, a le regard plongé dans le vide.
- Qu’est-ce que nous faisons là, votre majesté ? En tant que militaires, nous ne sommes pas concernés.
- Vous êtes là pour le secret défense. OK ?
- Nous sommes donc votre caution, hé hé.
- Ne soyez pas impertinent, mon vieux : vous êtes remplaçable, comme n’importe qui…

On entend le mécanisme de la porte blindée. Entrent dans le champ, à la queue leu leu, Castorex, Premier Sinistre, Darmanino, Grand Sinistre de la Police et de la Propagande, Lamaire, Sinistre du Chômage de Masse et de la Sauvegarde des Supranationales, Véreux, Sinistre du Confinement, suivis enfin de Salmonelle, le directeur de la Bonne Santé de Big Pharma. Tous nerveux !
Ils se couchent devant l’empereur. Il leur fait signe de s’asseoir.

Macaron 1er , dents serrées de colère froide :
- Vous avez lu, vous avez entendu ?
- Oui, mais ne faites pas attention, votre majesté. Palora, c’est un de ces hurluberlus de la secte à Raoul.
- Darmanino, bordel, comment avez-vous pu laisser passer ça ?
- Euh, il y a des infiltrés parmi les journalistes, votre majesté. Mais rassurez-vous, nous avons neutralisé l’ennemi. Il pointe au chômedu à c’t’heure, hi hi !
- Vous me nettoierez toutes les rédactions au Kärcher, hein ! Ca ne doit plus se produire. … Sinon, est-ce que oui ou non, ce qu’a dit Palora est crédible ? Est-ce que le confinement ne sert vraiment à rien ? [silence embarrassé] Ah bon, d’accord... Corrigez le tir. Vous avez les bons chiffres, je suppose.
- Euh… non, bredouille Véreux, mais nous allons tout de suite lancer une commission ad hoc (*). Et nous ferons en sorte que les chiffres prouvent que le confinement est efficace - n’est-ce pas Salmonelle ?
Salmonelle toussote, sans répondre. Macaron 1er pointe son doigt :
- Vous avez intérêt à être convaincant. Si la nouvelle se répandait, nous aurions une jacquerie de plus sur les bras.
Darmanino bombe le torse :
- N’ayez aucune inquiétude, votre majesté, de toute façon, nous allons passer le message en boucle. Et comme toujours, les Bananais vont avaler bêtement. Ce sont des veaux. Hi hi !

Véreux tout à coup se lève, le teint cramoisi, au bord des larmes :
- Y ’en a marre. Je n’en peux plus.
- Asseyez-vous, Véreux, tonne l’empereur. Vous continuerez à mentir comme tout le monde, parce que vous n’avez pas le choix. Je vous rappelle que le conseil de sécurité délibère sous le sceau du secret, et que trahir le secret défense, c’est trahir l’empereur…
Gros plan sur le regard menaçant de Macaron 1er . 
-
Tout à fait, confirme Castorex. (off)
Noir.

Gros plan du visage décomposé de Véreux. Zoom arrière : il est dans sa voiture. Travelling suivant le véhicule parcourant l’avenue. Les haut-parleurs diffusent des messages rappelant les règles du confinement et l’effrayante prolifération du virus. La caméra en contre-plongée suit un drone, le drone suivant la voiture, puis elle s’arrête sur le drapeau tricolore marqué de l’impérial portrait qui flotte sur le Palais de Leslisiers.

Retour sur le visage de Macaron 1er. Zoom arrière : il est en train de téléphoner : « Bon. Vous savez ce que vous avez à faire. »
Ponctuation musicale dramatique. Noir.

Plan moyen. Véreux monte l’escalier, lentement, tête baissée, dans la pénombre. Arrivé sur le palier, il ouvre une porte avec une petite clé tirée de sa poche, il entre. Par-dessus son épaule, on voit, sur le lit, Merlette Chapka en déshabillé, étendue sur le ventre, qui sourit à l’objectif. Véreux retire sa veste, ôte sa cravate, se laisse tomber assis sur le lit, côté droit, prend sa tête dans ses mains :
- Merlette chérie… Je crois que j’ai commis une erreur…
Merlette Chapka se soulève, se penche sur lui, passe un bras tendre autour de son cou :
- Je sais, chuchote-t-elle.
Dans son autre main apparaît un pistolet muni d’un silencieux qu’elle pointe sur la temps de Véreux et… Pan !

(*) Théodule.

(à suivre)

lundi 7 décembre 2020

Lexique de savoir-vivre à l’usage des apprentis dilettantes – 17. Espoir

Exercices de définition par l’exemple, l’analogie, l’incise, la digression, le glissement de sens, l’à-peu-près, le calembour et le parti pris.


17. Espoir


a, b, c) Ce qui reste quand tout va au plus mal.

"Tant qu'il y a de la vie..." ça pourrait en effet s'arranger, mais ça pourrait aussi empirer.

Garder espoir, quand on ne sait pas quoi faire, qu'on est impuissant à régler un problème.

L'espoir est donc un sentiment négatif qui entrave l'action.

d) Antoine est un youtubeur plein d'humour quand il extrait cette séquence d'une conférence de Jean-Marc Jancovici sur le changement climatique, après un court montage sur l'émission de P. Praud :

https://www.youtube.com/watch?v=6Zg1mSPbVBg 

De quoi perdre espoir, n'est-ce pas ?
Et peut-être enfin se mettre à lutter !

e) A la veille de Noël, après le black friday, les petits commerçants sont écoeurés  :

https://france.attac.org/nos-publications/notes-et-rapports/article/note-amazon-cdiscount-ebay-wish-fraude-massive-a-la-tva-sur-les-places-de 

Les restaurateurs quant à eux ne voient au bout du tunnel que le spectre de la faillite.


f) Smicards, smicardes, hormis la minuscule revalorisation annuelle automatique (autour de 1%), n'attendez rien  : 

https://www.youtube.com/watch?v=Ne4SfGjlVsI&feature=push-u-sub&attr_tag=Z6u__gkq2ewGf3yh%3A6


g) Un espoir d'intelligence entre 16' 30'' et la 33ème  minute (dommage que le son soit un peu bas)

https://mediterraneedufutur.com 

Toujours un regard lucide sur les hommes, la société, la science, l'industrie !


dimanche 6 décembre 2020

Lexique de savoir-vivre à l’usage des apprentis dilettantes – 16. Défaitisme

Exercices de définition par l’exemple, l’analogie, l’incise, la digression, le glissement de sens, l’à-peu-près, le calembour et le parti pris

16. Défaitisme

a) Elément de la doctrine d'économie capitaliste et libérale selon laquelle doivent être inoculés les sentiments d’infériorité et d’impuissance, ainsi que la peur en découlant, aux enfants des classes populaires et moyennes par un lavage des cerveaux dont les médias, l’école et les parents eux-mêmes seront les principaux opérateurs.

b) C’est Pierre, Paul, Jacques qui causent.

« Contre les puissants, on ne peut rien.
- Si tu pars de ce principe-là, mon vieux, c’est sûr que t’as perdu d’avance.
- Non mais regarde : toi, tu as manifesté contre la réforme des retraites, pas vrai ? Eh ben, ils la feront quand même. Tu l’as dans l’os.
- Ils la feront peut-être justement parce que toi, et beaucoup d’autres, n’y étiez pas, aux manifs.
- Je n’y étais pas – je te l’ai dit - parce que, de toute façon, ça ne sert à rien.
- Donc, tu es content d’avoir perdu du pouvoir d’achat, avec le gel des pensions d’abord, puis avec la hausse de la CSG en 2018 ?
- Bon, c’est vrai, j’ai perdu plus de soixante euros sur ma retraite mensuelle, mais…
- Mais tu as peur des flics, c’est ça ?
- Non, mais… il faut bien sauver le système. On a été trop gâtés, nous, les baby-boomers. Il n’y a plus d’argent... Je pense qu’il vaut mieux avoir moins plutôt que rien du tout à la fin. »

« Il faut absolument augmenter le SMIC.
- Si tu augmentais le SMIC, tu devrais aussi augmenter tous les salaires. Et les charges sociales suivraient et alors…
- Et alors justement, ça renflouerait la Sécu et ça sauverait le système des retraites. Et puis, davantage d’argent en circulation boosterait aussi la consommation, donc l’activité économique qui recommencerait à créer de l’emploi et à générer des cotisations sociales.
- Faux ! Faux, archifaux ! Les industriels délocaliseraient illico et plus personne n’investirait en France. Ce serait la catastrophe. Déjà qu’on est les seuls à ne faire que 35 heures, et à avoir autant de congés payés, d’aides sociales et d’autres avantages, comme les RTT, en même temps que nos entreprises sont écrasées de charges. Les Français sont des fainéants ! Il vaut mieux sauver des emplois, quitte à gagner moins.
- Et en travaillant plus ? Pas besoin de t’emballer : j’ai très bien compris que tu es pour dévaloriser le travail.
- Comment ? Je n’ai pas dit ça.
- Mais si : tu as dit que  pour conserver une chance d’avoir du boulot, tu es prêt à accepter de travailler plus et d’être moins bien payé, et en me^me temps à renoncer à tes avantages sociaux. Donc, tu es pour la dévalorisation de ton travail.
- … Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? »

« Des sous, il y en a. Plein même. Regarde la fortune des multimilliardaires et la puissance financière des banques, des assureurs, des supranationales, des GAFAM. Il n’y a qu’à les faire payer.
- Mais non, ça ne va pas, ils s’en iront ailleurs.
- Ils sont déjà ailleurs, mon pauvre : au Luxembourg, en Suisse, aux Iles Caïman…
- Mais ils n’investiront plus chez nous, ils fermeront leurs usines…
- Tu crois qu’ils se priveraient du bénéfice de 67 millions de consommateurs parmi les plus aisés du monde ?
- On serait boycottés par les autres pays. Les Américains nous mettraient un blocus, comme au Vénézuela ou à l’Iran. Pour le coup, on n’aurait plus de médicaments, plus de masques, plus de vaccins ; nos téléphones, nos ordinateurs, nos voitures, tout nous coûterait plus cher ; seuls les riches pourraient se les payer. Et les ingénieurs, les scientifiques, les chercheurs, toutes les grosses têtes partiraient à l’étranger. On serait obligé de se donner une dictature pour sauver les meubles…
Non, il vaut mieux laisser les choses en l’état. On ne peut rien faire. Juste espérer.
- Allah Ouakbar / Les voies du Seigneur sont impénétrables. »

« Putain d’usine ! On n’en peut plus des fumées, des odeurs, du bruit. 
- Et les poussières et le formaldéhyde et l'arsenic ! T’oublies ? Mais vous n’avez qu’à déménager.
- Facile à dire. Depuis que l’usine est là, notre maison ne vaut plus rien. On la vendrait à perte et dans un coin propre, on aurait à peine de quoi nous acheter un cagibi.
- Mais dis donc, c’est bien toi qui as voté pour l’usine quand tu étais conseiller municipal, non ?
- Oui, mais il y avait des emplois à la clé. Avec le chômage qu’on a, les gens n’auraient pas compris…
- Et depuis que tu te rends compte des dégâts, tu fais quelque chose pour empêcher cette merde ?
- Ben oui, mais tous nos recours sont rejetés. Pour l’administration, pour la justice, pour l’Etat, tout est normal. C’est une multinationale, tu sais. Nous, les petits, on ne peut rien contre une multinationale. »

« Mon gamin m’inquiète un peu. Il ne sait toujours pas lire.
- Tu en as parlé avec son prof ?
- Oui, elle nous a convoqués. Mais ça ne sert à rien. Depuis la maternelle, il est avec les « enfants en difficulté », les nuls, quoi. Cinq ans de soutien, de plans d’aide personnalisée, et il n’y a eu aucun résultat. Ou si peu.
- Vous avez pensé à des cours particuliers ?
Une prof nous avait suggéré l’orthophoniste. Mais bof, c’était pareil. Du temps perdu. Les cours privés, même chose. Et en plus, c’est cher. Paraît qu’il est dyslexique, et dys d’autres choses encore. Ce serait médical, en somme…
- Déconne pas. Je le connais, ton gamin, il pige tout au quart de tour.
- Les conneries, peut-être, mais il est pas doué pour l’école, faut l’admettre. Il est comme ses parents, quoi. Il ira en SEGPA. On  est des "gens de rien", nous ; on pouvait quand même pas pondre un génie, pas vrai ?
- Ah ben oui, si tu lui as mis des idées pareilles dans la tête, à ton gamin, des idées à la con, forcément ça ne l’a pas motivé pour apprendre. En confiance, il aurait pu faire Einstein ou, au pire, avocat. L'intelligence et la capacité à faire des études, ça n'a rien à voir avec le niveau d'études ou le niveau social des parents.
- … Alors, tout serait de notre faute ? Oh, non-on-on !
- Euh… non, c’est plus compliqué… Bon. Excuse-moi… »

Qui des trois a subi le lavage de cerveau ?


c) Reportage vidéo du "Soir 3", samedi, 5 janvier, 2020, jour de manifestation contre la loi "sécurité globale".
Commentaire : "Manifestation encore une fois émaillée d'affrontement entre les manifestants et les forces de l'ordre".
Et on voit, en effet, un escadron des forces de l'ordre fuyant devant trois encagoulés qui leur lancent des objets (boulons, marteaux, on ne sait trop).
Un policier, encore tout tremblant, témoigne : "On les vise avec le flashball mais hop, ils ont déjà disparu. On croit les attraper mais hop, ils vous glissent entre les mains. Contre les black blocs, on ne peut rien. Ils sont vraiment trop forts."