mercredi 30 août 2017

La comédie du pouvoir - 16.3 La-France, concept paravent (écran de fumée)



La-France est une grande puissance militaire.
Membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, qui en compte 15, La-France a donc, à l’instar de la Chine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Russie, le droit de veto lors des débats de cette institution. Ce n’est pas rien, quand on songe que le Japon et l’Allemagne, certes les perdants de la Deuxième Guerre Mondiale, sont aujourd'hui loin devant nous au palmarès des puissances économiques et pourraient donc également jouir de ce privilège. Passons.

La-France a donc une responsabilité particulièrement importante dans le maintien de la paix et de la sécurité du monde, dans l'établissement de sanctions internationales et dans l'intervention militaire de l’ONU.

Toto :
- Alors comme ça, La-France à elle seule peut, par exemple, empêcher une guerre ? Ouaou ! c’est beau comme quand Villepin a fait son discours contre la guerre en Irak. Et vlan dans les gencives à Bush ! Ah, on peut être fiers, nous les Français !
- Bof.
- Quoi, bof ?
- A l’époque, La-Russie et La-Chine, sur la même ligne mais pour d'autres raisons, allaient également opposer leur veto. Celui de La-France n’aurait fait que s’y ajouter. Ce discours, c’était juste une opération de com’, pour regonfler la cote de popularité de Chirac et de son ministre (qui déjà visait la succession).
- Pas sûr, mais en tout cas, La-France avait résisté aux Etats-unis.
- Résisté, mais pour rien. La guerre a bien eu lieu : sans même attendre la réunion du conseil de sécurité, les Ricains y sont allés seuls… enfin, en compagnie de leurs alliés de l’OTAN. Heureusement, grâce au Grand Charles, La-France n’en était pas. Mais maintenant que le petit Sarko nous a remis dans le guêpier et que Macron s’en trouve content…
- Ah oui, ces Amerloques, ils se prennent vraiment pour les justiciers du monde.
- Et La-France alors ? (*)

L’armée française est déployée dans beaucoup de pays pour y faire la police ; comme « force de présence », pour occuper l’espace, quoi : au Sénégal, au Gabon, à Djibouti, et même sur l’eau, dans l’Océan Pacifique et dans l’Océan Indien ; ou impliquée dans des coopérations avec des « états amis » (en fait des gouvernement amis du nôtre et de nos patrons du CAC40) comme le Tchad, le Mali, la Côte d’Ivoire… et bien sûr en collaboration avec des forces internationales en ex-Yougoslavie, en Asie Centrale, au Liban, en Ethiopie, au Soudan, etcetera.

Je lisais sur un site « …point gouv » à propos de ces opérations extérieures de l’armée française que ses « objectifs politiques et stratégiques [sont] définis et décidés par le Président de la République » et que, « afin de respecter le principe de séparation entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif (sic), les conditions et modalités opérationnelles d'engagement de nos forces resteront du seul ressort du chef de l'État et du Gouvernement ».

C’est un peu fort, ça. Le parlement n’a rien à dire ? Et nous évidemment non plus. Seulement, vu de l’extérieur, c’est La-France, truc indéfini, fourre-tout mélangeant la géographie, l’histoire, le gouvernement, les entreprises et les citoyens, qui occupe un pays ou qui lui fait la guerre. C’est donc comme si nous - toi et moi - étions responsables de l’usage qui est fait des militaires français.
Or nous, individuellement comme en tant que peuple, ne pouvons absolument pas porter cette responsabilité, puisque notre monarque et sa bande peuvent déclarer la guerre sans jamais rien nous demander. Comme il n’y a plus d’appelés, que des professionnels de la guerre, l’armée française me semble maintenant plutôt une milice au service exclusif du président et de son gouvernement. Parce que tout en affirmant que c’est pour notre bien, ils font ce qui les arrange. Le comble, c’est qu’ils espèrent nous convaincre d’être d’accord avec et fiers de ça ; même que s’il nous prenait l’envie d’être contre, on passerait encore pour des traîtres à la patrie.

Il y a quelque chose qui ne va pas, là - non ? Moi, je suis pour que chacun assume ses responsabilités. Pas question de noyer le poisson avec des La-France par ci, La-France par là, parce que quand ça merdera, c’est nous collectivement qui serons désignés coupables et qui trinquerons : riposte militaire, terrorisme, sanctions économiques, que sais-je encore. Non, Sarkozy, tout seul (pour ce qui est de la France), a foutu le bordel en Libye. Tout seul, il doit être reconnu responsable et payer les pots cassés. Non mais !

Il serait temps qu’on réagisse, les amis. Vite, une Sixième République qui ôte des mains du président l’usage des outils de mort. Mieux : pas de président du tout. 

(à suivre)


(*) Extrait du « Livre Blanc (pourquoi blanc ?) pour la défense et la sécurité nationale [qui] a déterminé quatre zones critiques pour la France et l'Europe » :
« - arc de crise Mauritanie-Pakistan, où les intérêts français et européens peuvent être directement touchés par l'apparition de conflits
- Afrique sub-saharienne (pour quelles raisons ? pas dit)
- continent européen (stabilisation non achevée des Balkans et politique de puissance de la Russie vis-à-vis de l'étranger proche)
- Asie, avec impact possible pour l'Europe sous diverses formes (mise en jeu de la clause de défense collective en cas d'implication des Etats-Unis ; routes maritimes et approvisionnements stratégiques ; effets économiques et financiers). »

Ça plonge dans un abîme de questions, n’est-ce pas ? 

samedi 19 août 2017

La comédie du pouvoir - 16.2 La-France, Les-Français, opiums du peuple.

De par son économie, La-France est un grand pays. Non, La-France est plutôt une puissance, et même une grande puissance économique. Les-Français doivent en être fiers. (Allez, les amis ! Un peu plus d’enthousiasme, s’il vous plaît.)

Dans La Tribune du 16 juin dernier je lisais : « La France reste une place forte de l'économie mondiale. 6ème puissance avec une petite avance sur l'Inde, elle lutte avec le Royaume-Uni pour la 5ème place. Un rang qui devrait, d'ailleurs, bientôt lui revenir à la faveur de la chute de la livre sterling entraînée par le Brexit. Pour un pays qui rassemble moins de 1% de la population mondiale et dont le territoire représente 0,45% de la surface totale, ce n'est finalement pas si mal. »
Avec ces pourcentages ridicules, nous, Les-Français, faisons tout de même partie des riches - hé hé ! - en compétition directe avec les Angliches, nos ennemis héréditaires ; et on va se les bouffer, les Rosbifs, et ça sera bien fait pour eux ! Ouf, ça y est, tout va pour le mieux dans le plus libéral des mondes : le coq gaulois peut à nouveau chanter, quand bien même il serait esclave chez Uber ou chômeur de longue durée, sous le seuil de pauvreté.  

On avait eu en effet un petit coup de mou ces dernières années, avec cette histoire de baisse de la notation, les camouflets infligés par La-Allemagne, ennemi également héréditaire, et quelques autres déboires et tracasseries. Comment les économistes calculent la place de chaque pays dans l’ordre de la richesse et de la puissance, on se doute que ça n’a pas grand’ chose de compliqué, ni de bien scientifique, même si leurs savantes fonctions voudraient nous le faire accroire. Derrière ce palmarès, il y a en réalité des orientations stratégiques, deux ou trois chiffres choisis, des à-peu-près, des « corrections », bref du bidouillage ; mais nous qui en sommes avertis, nous nous en fichons. Nous nous en fichons parce que ce classement ramène tout à des quantités de fric, sans jamais tenir compte de la qualité de vie des gens. Et merde ! c’est tout de même ça, la vie qu’on a, qui devrait compter avant tout. Mais ils nous ont tellement bourré le crâne avec leur économie, qu’il nous faut désormais faire un effort pour le penser.

Oui, on s’est fait bouffer le cerveau ; c’est dramatique. Par exemple, l’Inde nous talonne au classement, sans doute grâce à des types comme Mittal qui a pu se payer Arcelor. Mais ça lui fait une belle jambe à la gamine de sept ans qui chaque matin quitte son bidonville infesté de rats pour aller aux carrefours vendre des fleurs aux beaux messieurs de Calcutta parce que son père ne gagne pas assez chez Mittal pour nourrir sa famille. Elle aimerait certainement mieux que son pays soit moins puissant et les gens plus heureux. Et nous, Les-Français, est-ce que si La-France passe devant le Royaume-Uni nous serons plus heureux, chacun ? Est-ce qu’une parcelle de misère en sera retirée aux plus misérables d’entre nous ? Evidemment, non. Alors à quoi bon se féliciter que le pays fasse partie du club des puissants ? La-France qu’on nous vend pour une grande chose n’est qu’un leurre. Aujourd’hui plus que jamais.

Pour preuves : ces fleurons de l’industrie française que sont TOTAL et DANONE ne bénéficient-ils pas d’une généreuse niche fiscale qui leur permet de ne pas ou peu payer d’impôts en France ? Et notre champion français du luxe, le milliardaire Bernard Arnaud, n’a-t-il pas demandé la nationalité belge il y a quelques années ? Et Cahuzac n’avait-il pas un compte off shore ? Et Depardieu n’a-t-il pas craché sur La-France parce qu’elle lui réclamait des sous ? Et il faudrait que nous soyons patriotes ! Non, suivons plutôt leur exemple : profitons sans vergogne, truandons le fisc, quittons la France ; que ceux qui n’en ont pas les moyens se fassent voleurs ou escrocs.

Enfin, à tous les gens du monde je dirais : cessez de faire des enfants car vos enfants deviendraient illico les esclaves travailleurs consommateurs de demain et continueraient d’enrichir à leurs dépens les cahuzacs et les mittals ; cessez de faire des enfants car les prochaines générations, par leur nombre à croissance exponentielle, scelleraient définitivement le triste sort de la planète et de l’humanité bien plus vite qu’il nous l’est prédit ; cessez de faire des enfants car ils mourraient bientôt à la prochaine grande guerre qui ne manquera pas de redonner à ce monde capitaliste effrayant un nouveau souffle.

Ne vous faites pas avoir : ne criez pas vive la France.


(à suivre)

mercredi 2 août 2017

La comédie du pouvoir - 16.1 La-France et Les-Français comme allégories grammaticales.

Chaque jour, en toute occasion, dans la bouche de politiciens et de commentateurs politiques, les concepts d’état, de nation, de peuple, et bien d’autres choses, se trouvent exprimés par une seule et même vocalise, La-France, ou par sa variante, Les-Français. Or, l’état, la nation et le peuple, ce n’est pas du tout la même chose.

Par exemple, quand on dit qu’à La-France échoit l’immense honneur d’organiser les jeux olympiques, on ne dit pas que c’est un comité olympique, des fédérations sportives, une mairesse de Paris, un président de la république, poussés par des sponsors et quelques grands aménageurs privés, qui ont sollicité cette faveur. On ne dit pas qu’ils ont décidé entre eux, sans jamais rien demander au peuple.

Le peuple est cependant censé approuver. Bien mieux, dans des moments de gloire tel que celui-là, les Français ont le devoir de se réjouir et de soutenir ceux qui ont décidé pour eux et obtenu pour eux, comme un cadeau qui leur est fait, l’organisation de ces JO. L’expression, Les-Français, ne peut donc pas ici signifier le peuple au sens démocratique d’ensemble de citoyens. En réalité, Les-Français désigne chacun de nous en particulier.

C’est l’âme qui est visée. Quand on est français, on doit aimer La-France comme on aime une mère, voire un dieu, c’est-à-dire qu’on doit aimer aussi tout ce que La-France fait. Car c’est bien La-France elle-même, une entité agissante, vaste et floue, dont nous faisons partie, que nous le voulions ou pas, qui avait déposé sa candidature aux jeux. On nous avait expliqué que Les-Français espéraient tellement l’emporter... L’obtention de ces jeux devrait donc nous rendre heureux. Depuis, afin sûrement d’allumer en nous l’étincelle du bonheur, la télé nous donne en effet à voir et entendre un tas de gens qui expriment leur joie sur les trottoirs.

Lorsqu’un jihadiste attaque un policier au couteau de cuisine, ce n’est pas Les-Français qui est visé, mais La-France éternelle que nous devons avoir dans le cœur, mais chacun de nous dans nos sentiments d’appartenance, de fraternité, de fierté, qui sont censés nous unir, nous tenir ensemble dans le giron de La-France éternelle.
Aussitôt est organisé un défilé où chacun pousse l’autre pour être sur la photo afin de montrer à Les-Français tout son amour pour La-France, une grande messe républicaine faite pour tirer des larmes, à laquelle nous ne pourrons qu’adhérer, puisqu’il s’agit de La-France, sans quoi nous passerions pour des traîtres.

On fait alors comme s’il n’existait pas des Français musulmans, des enfants de travailleurs algériens, par exemple, qui ne se sentent pas si bien dans La-France, ce pays qui a colonisé leurs aïeux, puis leur a contesté l’indépendance à coup fusil, qui a ensuite fait venir leurs grands-parents et les a exploités, qui a méprisé leurs parents et continue de les laisser eux-mêmes sur le côté de la route. Comme s’ils ne pouvaient pas secrètement comprendre le jihadiste, même quand ils trouvent que ce n’est pas bien de tuer les gens.

Ces Français-là, par l’œil des médias à l’affût, nous les observons, nous guettons le signe qui trahira leur haine de La-France. Vous vous souvenez comme Christian Karembeu avait du mal à desserrer les lèvres pendant la Marseillaise ? Bon, les journalistes ne disaient pas trop de lui, sans doute parce que La-France avait exhibé son grand-père dans une cage tel un singe ; mais quand même, ce n’est pas une excuse quand on porte le maillot, hein. Lorsque deux sprinters américains avaient jadis levé le poing sur le podium des JO pour dénoncer l’apartheid à l’égard des noirs aux USA, nous, Français, avions trouvé leur courage formidable. Mais ça ne se passait pas chez nous…

Il y aurait comme un regain de patriotisme en ce moment. La machine à manipuler les esprits, qui en fait le commerce, nous dit que le contexte le justifie : parce que La-France est attaquée (dans ses valeurs), la nation, Les-Français, doit faire bloc et résister à la soi-disant tentation de l’éclatement. Plus question de chercher des excuses, de se reconnaître des torts, de jouer les objecteurs de conscience ; l’empathie peut être coupable, le pacifisme est une trahison. Ce qu’on attend de Les-Français, c’est qu’il se range derrière le drapeau, se lève pour chanter la Marseillaise et acquiesce à l’action de son gouvernement quand il lui prendra de punir l’ennemi dûment désigné.

Comme ce patriotisme - ce nationalisme - est dangereux ! Et particulièrement dans ce contexte de guerre mondiale (oui, oui : vous n’avez qu’à compter les pays qui ne sont pas en guerre…). D’abord parce que, je ne suis pas d’accord avec nos dirigeants et que La-France n’agit donc pas en mon nom. Et puis parce que l’histoire récente nous apprend que quand nos dirigeants se font humilier par un dirigeant d’un autre pays, au lieu d’avouer qu’ils se sont fait avoir, qu’ils n’ont pas su faire leur boulot, au lieu de démissionner, ils nous font croire que c’est La-France qui a été humiliée et que nous le sommes donc aussi, à grand renfort de discours enflammés et de symboles.

Et alors ? Et alors, Les-Français épouse l’humiliation de ses chefs et le voilà prêt pour la revanche, tout chaud pour déclarer la guerre et partir la fleur au fusil dézinguer du Prussien en 14 et du Kadhafi en 2011.


A suivre

samedi 29 juillet 2017

La comédie du pouvoir - 15. Pour se faire élire : rester dans le vague.

« Les mêmes chances pour tous nos enfants. » C’était une des promesses de Macron. 
Déjà, ça commence par un wagon de sous-entendus. Comme toujours avec EM, des choses sont suggérées et le reste n’est pas dit.
1. Ainsi, il n’est pas écrit que lui et ses potes vont donner ces chances-là. Admettons donc que cela aille de soi.
2. Ca fait allusion à certains enfants qui n’auraient pas les mêmes chances que d’autres, sous-entendu ceux auxquels chacun de vous pense. Ah mais ça, l’égalité (« notre société est injuste ! »), c’était le grand leitmotiv du programme Macron. Justement parce qu’il n’est pas du tout pour l’égalité.
3. Par « mêmes chances », il fallait en réalité comprendre qu’une fois qu’on vous aurait mis sur une certaine même ligne de départ que les autres, il vous faudrait quand même vous défoncer pour « réussir » sans quoi vous ne seriez « rien ». Mais il ne dit pas du tout où se situe cette ligne de départ propre à équilibrer les chances. Bon, bien sûr, c’est ce que les points de programme qui suivaient ce titre étaient censés définir.

Et là, on voit tout de suite que l’Education Nationale, et elle seule, est à la fois le problème et la solution en matière d’égalité des chances. Non, on ne cherchera pas plus loin, car cela obligerait à remettre en cause trop de vraies inégalités. Et cela, bien sûr, on ne le veut pas. Et Macron de décliner sa belle formule en quelques points vite torchés, soit totalement anecdotiques et populistes, soit d’un flou sidéral (et sidérant) destiné à masquer leur grand vide en même temps que l’arrière-pensée qu’on pourra, quand l’élection sera gagnée, combler ce grand vide avec à peu près tout ce qu’on voudra. Et tant pis pour ceux qui auront mal décrypté le message, mal sous-entendu, et... voté pour lui.

1 - … priorité à l’école primaire pour que tous les élèves sachent lire, écrire et compter en arrivant en 6e.
˃ Sous-entendu : les élèves ne savent pas lire, écrire, etcetera, parce que l’école ne fait pas son boulot.
Sans dire sur quoi portera la priorité, ni quelles actions seront mises en place, ce ne sont que paroles en l’air.
Flou !

2 - Nous interdirons l’usage des téléphones portables dans l’enceinte des écoles primaires et des collèges.
˃ Sous-entendu : les Conseils d’Ecole et les C.A. des collèges auraient déjà dû le faire.
Leur ôter le portable ne va pas obliger les élèves à aimer l’école. Du temps qu’on n’avait pas de portable, on jouait au morpion.
Anecdotique !

3 - Nous donnerons plus d’autonomie aux équipes éducatives.
˃ Sous-entendu : elles n’ont pas assez d’autonomie pour bien travailler. Et voyez donc comme je suis libéral avec les enseignants.
Quel genre d’autonomie, dans quels domaines ?
Flou !
- Elles seront suivies et évaluées.
˃ Sous-entendu : elles ne sont ni suivies, ni évaluées. C’est pour ça qu’elles travaillent mal.
On comprend donc que les équipes éducatives ont au contraire trop d’autonomie et qu’il faut donc les contrôler. Mais ça ne dit pas ce qui sera évalué, ni comment les équipes seront sanctionnées et éventuellement récompensées (sinon quelle raison d’évaluer ?).
Flou !
- La formation des enseignants sera adaptée à ce nouveau cadre.
˃ Sous-entendu : le cadre est vieux. A moderniser !
S’agit-il d’apprendre aux enseignants à être autonomes, suivis et évalués ? En tout cas, ça annonce une énième réforme de la formation. Avec augmentation de salaire ?
Flou et peut-être faussement anecdotique !

4 - Nous limiterons à 12 élèves par enseignant la taille des 12 000 classes de CP et de CE1 en zone prioritaire.
˃ Sous-entendu : voilà pour les milieux défavorisés.
Ce charabia masquait sans doute le fait que 12 élèves par enseignant, en REP, feront toujours plus que 12 élèves par classe puisqu’ils y sont plus d’enseignants que de classes. Mais bon, personne ne pouvait être contre puisque les profs n’arrêtent pas de réclamer moins d’élèves. 
Populiste !
Et pourtant, on entend déjà que ça va coûter un bras et qu’on va déshabiller Pierre pour habiller Paul. Pour l’instant, pas de réponse du gouvernement. Un truc auquel ils ont dû penser : réduire le nombre des « zones prioritaires ».
- Ces enseignants recevront une prime annuelle de 3000 euros nets. Et … d’ici 2022, … auront au moins 3 ans d’ancienneté.
˃ Sous-entendu : voilà pour les enseignants. (ça fait un moment déjà que, de tous bords, on leur passe systématiquement la brosse à reluire). 
Treizième et quatorzième mois pour les plus jeunes. Avec ça, ils seront sûrement meilleurs. L’ancienneté, c’est pour amadouer les parents.
Populiste et anecdotique !

5 - Nous rendrons possible le rétablissement de parcours bi-langues au collège, de parcours européens et d’un véritable enseignement du grec et du latin.
˃ Sous-entendu : voilà pour les classes moyennes et les petits bourgeois (c’est un scandale que vous ne puissiez choisir le cursus de votre enfant : je libéralise) et pour les enseignants (ouf ! des postes sont sauvés).
La plupart des petits Français étant déjà incapables d’apprendre correctement une seule langue étrangère, ça ne va pas toucher grand monde.
Anecdotique !

6 - Nous proposerons à tous un accompagnement après la classe.
˃ Sous-entendu : le système actuel est inégalitaire, injuste, puisqu’il favorise les plus défavorisés ainsi que les élèves en difficulté qui seuls ont droit à ce dispositif.
Alors comme ça, des devoirs pour tous ? Gratuits ? Ca va faire garderie, dites donc. Et qui va donner les cours ? Les profs ? Et qui va les payer ? Pas les communes qui reviennent aux quatre jours justement pour ne pas avoir à financer du périscolaire. Avouez que vous n’avez pas réfléchi à ça, monsieur En Marche, hein... Oui, je sais, c’est en vertu du principe d’égalité : ce ne serait pas juste en effet que les pauvres aient quelque chose que les riches n’ont pas.
Flou, anecdotique et populiste !
- Au collège, nous rétablirons les études dirigées après la classe grâce à des bénévoles (étudiants et retraités).
Ah ben voilà : des bénévoles ! Sans rire, vous avez demandé aux étudiants et aux retraités s’ils sont d’accord ? Non ? Alors, paroles en l’air.
- Nous moderniserons le baccalauréat. … 4 matières obligatoires à l’examen …. Les autres … contrôle continu.
Holà, président ! On a compris : quand vous dites moderniser, ça cache toujours une entourloupe. A tous les coups une sélection plus drastique à l’entrée en fac, avec suppression du choix de la filière… Hein ? C’est ça ? Mais oui, je vous connais bien. Sournois, va !

7 - Nous renforcerons l’autonomie des universités. Elles pourront recruter leurs enseignants et définir leurs formations.
Est-ce que ce n’est pas déjà comme ça ?
- Nous ouvrirons 80 000 places dans les filières professionnalisantes.
Vous ou les universités plus autonomes ?
Enfin, ça sent fort la recherche de rentabilité. Va falloir songer à supprimer l’histoire et la philo et laisser le MEDEF mettre un pied dans la maison.

8 - Nous demanderons à chaque lycée professionnel et université de publier ses résultats (débouchés, salaires, etc.) sur les 3 dernières années.
˃ Sous-entendu : les enseignants se la coulent trop douce, c’est pourquoi ils n’ont pas de résultats. (ça fait un moment déjà que, de tous bords, on leur casse systématiquement du sucre sur le dos)
Va falloir qu’ils se décarcassent maintenant et qu’ils s’adaptent au marché. Il n’y a qu’à demander aux patrons de quoi ils ont besoin. Ah, mais oui, ça se fait déjà, par l’ANPE et par les boîtes d’intérim. Non ?
Populiste et anecdotique !

9 - Nous construirons 80 000 logements pour les jeunes.
Très bien mais c’est qui, nous ? Avec quels sous ? Et quand ?
Flou !

10 - Nous ouvrirons les bibliothèques en soirée et le week-end.
Vous avez demandé aux bibliothécaires ? Non ? Alors il faudra en embaucher… ou fermer en semaine. Mais il y avait une bien meilleure chose à faire pour la culture de nos petits : obliger les télés à arrêter de diffuser des conneries à longueur de journée. J'ai appris par un copain que le QI des Français avait baissé - putain ! - et que les experts se grattaient le cuir chevelu pour y trouver une explication - re -. Ben, moi, je sais : c'est la télé, je dirais même la TNT, ce truc que Sarkozy nous avait vendu comme si c'était le summum du progrès et du bonheur. 
Donc anecdotique !

11 - Nous créerons un « Pass Culture ». Il permettra à chaque Français de 18 ans d’effectuer 500 euros de dépenses culturelles (cinéma, théâtre, livres...).
Un cadeau électoral, quoi. Sans vergogne, financé par la baisse de 5 euros de l’aide au logement des étudiants pauvres ? Leclerc et Cultura attendent, pleins d’espoir, le décret d’application.
Populiste !

12 - Nous ne retirerons pas un euro au budget du ministère de la Culture.
˃ Sous-entendu : sans déconner, on pourrait le faire, parce que franchement la culture ça ne sert à rien d’autre qu’à fourrer des idées dans la tête des jeunes.
Un programme en négatif, ça c’est trop fort, monsieur EM. De toute façon, il n’est pas bien gros le budget de la culture. Mais si vous lui ajoutiez la prestation précédente, vous pourriez même vous vanter de l’avoir augmenté. Malin, non ? Ah, elle est déjà comptée dedans ? Du coup, en fait le budget baissera… Chapeau, l’illusionniste !

Voilà, on a fait le tour. C’était la boîte à malices, le programme En manuel Marche Macron. Il peut en sortir n’importe quoi, surtout le pire. Et dire qu’on a voté pour. C’est con, hein. Mais je suis beau joueur, je laisse le dernier mot à notre président :
« …Car la mission de notre République, c’est de remettre tous ses membres sur la même ligne de départ à chaque étape importante de leur vie. Bien sûr, il y en a toujours qui courront vite et d’autres qui trébucheront. Ou ne pourront tout simplement pas se lancer dans la course. Ou choisiront une trajectoire différente. Mais si l’on connaît à l’avance l’ordre d’arrivée, alors à quoi bon essayer de courir ? » (c'est du Jean-Claude Van Damme !)


Et tu crois qu’en laissant les gens galérer dans la pauvreté l’ordre d’arrivée va changer ?

mardi 25 juillet 2017

La comédie du pouvoir - 14. Comme d'un rien on nous amuse.

J’avais pas vu la photo, que j’avais déjà les commentaires. Cadrage, mise en scène, avalanche de symboles : la fenêtre ouverte, l’horloge pour le "maître des horloges", trois livres dont les "Nourritures terrestres" d'André Gide, un coq (à l’envers !) dans un smartphone et autres mignardises. Il y aurait même une histoire secrète de cette photo, malgré que la photographe qui l'a prise a elle-même posté (sur un réseau social) un film du making-off. Pourquoi donc ? Des fois qu’on n’aurait pas pigé tout seul ? Ou pour nous montrer le président, comme il est simple ? Sais pas ; j'ai pas regardé.
Mais franchement, quand j’ai déroulé la page (web) et vu enfin l’objet en entier, j’ai été déçu par la mise en scène, puérile (on dirait une couverture de « Nous deux »), et la symbolique à deux balles, et puis surtout j’ai halluciné que personne n’ait été frappé que Macron, avec ses bras écartés, genre « voyez mes biscoteaux », fait tout de suite penser à Popeye... ou à une fusée prête à décoller. Paraît que la pose fait décontracté. Mais non, c’est le contraire, il est tout raide, le pauvre. Pour qu’il semblât décontracté, mon cher, il eût fallu d'abord qu’il sourît vraiment, du regard, et puis qu’on le vît en pied, appuyé au bureau négligemment du bout de la fesse et les jambes tendues croisées vers l’avant. Donc? Photo ratée, qui montre cependant toute l’épaisseur du personnage (je me comprends). En attendant, ça a fait causer.

Et enfin, la voilà au format papier, arrivée dans les mairies, cette photo officielle tant attendue. Ah zut ! En hauteur, elle mesure cinq centimètres de plus que les photos de tous nos précédents monarques. Serait-ce un acte manqué ? Désir d’assomption, folie des grandeurs, vertige des cimes ? 
- Meuh non, c’est pour pas faire comme tout le monde, va ! 
- Révolutionnaire ou affirmation de soi ?
- C’est pour le beuze, coco. 
Au journal de TF1, champion toutes catégories de la rigolade, on expose ainsi le problème : les maires devront acheter un nouveau cadre ; à 70 euros pièce (mazette !) ; multiplié par 36.000 communes… ; mais l’affichage n’est pas obligatoire ; cependant c’est une convention : bref, tu te demandes où est le problème ; et ça finit par ce maire malicieux qui coupe le bord de la photo. (Fiou ! On frise le crime de lèse-majesté, là.) En attendant, ça aura fait vendre de la copie, enfin… du papier (5 cm x 36.000, ça en fait des ramettes).
Le malin qui a lancé le truc a toutefois pu caser que si les communes en sont à se serrer la ceinture, l’état ne devrait pas leur occasionner des dépenses supplémentaires. Et toc ! Bon, pas bien méchant, allez. Par parenthèse, ce qui l’est davantage, c’est ce qui se trame derrière la baisse des dotations : la mort programmée des petites communes par étranglement financier, puis absorption par les grosses communautés de communes où seuls les candidats friqués seront en mesure de gagner les élections. Exit la liste apolitique et le maire du cru que vous connaissez bien et dont le plus gros souci est de gérer sa commune en bon père de famille.

Autre pantalonnade.
1. Le gouvernement annonce une baisse du budget de l’armée.
2. Devant la commission idoine de l'Assemblée, le chef d’état-major des armées réclame au contraire des sous et ose affirmer que le gouvernement a tout faux. Un député ou un huissier ou un attaché (ou un oiseau passant par là) s'empresse de le crier sur les toits.
3. Ubu soi-même, froissé, descend du trône et prend le micro des mains de son Premier Sinistre pour rappeler au général récalcitrant qui est le chef - cornegidouille !
4. Ubu fait alors savoir au bon peuple qu’il a convoqué le général tel jour, à telle heure (pour lui remonter les bretelles).
5. A quoi le général récalcitrant répond « Merdre ! » en démissionnant.
6. Le public ravi applaudit des deux mains, car le spectacle est bon.
Analyse flash. Dans ce cas particulier où il est question de l’adéquation des moyens alloués aux missions de notre armée, la fameuse société civile, c’est le chef d’état major, qui est la personne compétente pour juger des affaires militaires. En face, on a un président, certes autoritaire, mais qui n'en est pas moins dans le rôle du politicard n’y connaissant rien. Il devrait donc se taire et écouter. Mais non, obstiné, le voilà qui grille encore la politesse, cette fois à la ministre des Armées qui naturellement n’ose piper mot - c’est qu’elle a trop peur de dire une connerie et de se prendre une ramonée en public. En attendant, dans cette histoire, Macron a perdu toute mesure et en même temps… la face.

Eh ben oui : vu qu'à peine deux jours après, on a la ministre Trucmuche des Armées, tout enjouée, sur France Inter : « En 2018, le budget des armées sera exceptionnel ! » Exceptionnellement bas, comme annoncé ? Non, non, il sera augmenté. 
- Ah bon ? Alors en plus, le père Ubu avale son chapeau ? 
- Dignement. Et en silence… 
Enfin, jusqu’à ce que Castaner, le héraut de l’Elysée, explique, mauvais joueur : « Peuh ! Le général de Villiers n’a voulu que mettre en scène sa démission. » Bigre ! Notre gouvernement serait-il schizophrénique pour tenir compte de ce qu’a dit le général tout en prétendant qu’il ne l’a pas dit ? On l'aura deviné : cette perfidie était en fait pour l'information du peuple. Oui mais là, le peuple se marre, tout comme au Tartuffe de Molière.

Heureusement, il y a des choses plus sérieuses. Par exemple, à peine nommés, le garde des sceaux Bayrou et les ministres, dont on a déjà oublié les noms, issus du MODEM et ralliés à Macron, démissionnaient parce que soupçonnés d’avoir employé à leur QG parisien des attachés parlementaires européens. C’est la pétulante Corinne Lepage qui aurait vendu la mèche, dans un livre publié plusieurs mois avant… qu'elle rejoigne elle-même le MODEM (c'est la logique typique d'une personne qui veut le pouvoir à n'importe quel prix). Depuis, silence radar. 
Et voilà maintenant l’affaire Pénicaud. Edouard Philippe perd ses nerfs, se cabre : « Ah non, ça suffit ! Elle ne démissionnera que si elle est mise en examen - na ! »
- Et aucun journaliste n’a demandé à Ubu s’il était au courant quand il est parti pour Las Vegas ?
- Oh ben non, i’ peuvent pas : il a fait savoir que c’est lui-même qui se poserait les questions désormais.
- D’accord. Mais pour eux-mêmes, et pour nous, les journalistes ne pouvaient pas la poser, cette question ?
- …

vendredi 21 juillet 2017

La comédie du pouvoir - 13. La société civile.

Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, il n’y avait pour moi d’opposé au « civil » que le « militaire ». Mais si l’on en croit l’usage qu’en font les médias, le mot « civil » signifie aujourd’hui le contraire de « profession politique ». En même temps, on laisse entendre (oh, discrètement) que c’est mieux, que la société civile n’est ni susceptible d’ambition carriériste, ni soumise au risque de corruption, comme certains politicards (chut ! il y en a encore qui sont en marche), qu’elle est davantage compétente aussi, et qu’elle est en quelque sorte l’émanation juste de nous-mêmes, le peuple.

Que nenni, mes bons amis. La société civile, ce sont des technocrates, mais uniquement ceux qui ont été assez bons serviteurs de l’oligarchie et des grandes entreprises privées, par le truchement des services de l’état qui y sont si habilement liés, souvent pour le pire, assez bons serviteurs pour en être récompensés. Oui, comme Macron.
Un gouvernement tout issu de la société civile, c’est ce qui, dans l’esprit des Rothschild, Gattaz, Macron et consorts (qui a dit qu’il n’était « pas nécessaire d’être élu pour gouverner »), doit un jour remplacer les gouvernements issus du débat politique et des élections encore un peu démocratiques.

Jusqu’à présent, la plupart des politiciens nous ont toujours pris pour des cons. Maintenant que leur disparition est programmée, peut-être vont-ils se réveiller, retrouver un peu de dignité, faire enfin le boulot pour lequel nous les avons élus : nous représenter, nous défendre, nous améliorer la vie. Ce processus de confiscation de la démocratie est naturellement commencé depuis très longtemps mais là, avec l’avènement de l’état Macron, les choses sont claires : si nous ne réagissons pas tout de suite, nous sommes à la veille d’abdiquer de tout contrôle sur le travail, la santé, l’éducation, l’information, la culture, l’ensemble de ce qui fait une vie. La dictature du capital va pourrir république et démocratie, et Macron est la cinquième colonne envoyée pour lui préparer le nid. Il n’y a qu’à voir son entourage.

Exemple : Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé. Joli curriculum :
- Présidente du conseil d'administration de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)
- Membre du Commissariat à l'énergie atomique
- Présidente du collège de la HAS (Haute autorité de la santé).
- Présidente du conseil d'administration de l'INCa (Institut national du cancer)
- Membre des boards des laboratoires pharmaceutiques Novartis et Bristol-Meyers Squibb
- Son conjoint, Yves Lévy, président-directeur général de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (l’Inserm est membre du groupement d’intérêt public que constitue l’Institut national du cancer).
Conflit d’intérêt à tous les étages !

Cherchant davantage de renseignements sur la dame, Google m’annonce que « Certains résultats peuvent avoir été supprimés conformément à la loi européenne sur la protection des données. » La même loi européenne qui institue l’opacité des affaires sous prétexte de protéger les données ? Ou est-ce pour n’avoir pas à dévoiler le pot aux roses ? Parce que madame Buzyn n’a aucun état d’âme. Citations : « Il faut expliquer que vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts » et encore « l’obligation de déclarer le conflit d’intérêt des politiciens et autres responsables – experts médicaux […] est handicapante » Et voici la meilleure, du 12 juillet, dans Libération : « En France, pays d’Europe du Sud, on a une population parfois rebelle, qui peut être rétive aux consignes de l’Etat ».
Tu as compris, population du sud ? Tu as intérêt à obtempérer à la consigne, sinon c’est la main de l'état sur ta gueule. Madame Buzyn ne cache même pas qu’elle se préoccupe davantage du tiroir caisse des pharmaciens que de notre santé. 

Autre exemple : Muriel Pénicaud, ministre de la casse du code du travail.
- Directrice générale des ressources humaines du Groupe Danone, (Danone, reconnu d’intérêt public !)
- Directrice générale adjointe du groupe Dassault
- Administratrice d’Aéroports de Paris
- Membre du conseil d’administration de la SNCF
- Administratrice du groupe Orange
- Administratrice de l’établissement public Paris-Saclay
- Ex-dirigeante de Business France, établissement public rattaché à plusieurs ministères, qui avait organisé un déplacement d'Emmanuel Macron, ministre de l'Économie, à Las Vegas sans passer par un appel d'offres, donc délit de favoritisme ; sa mise en examen est actuellement à l’étude ( Allez quoi, les juges, soyez humains : mettez-la en examen, qu’elle puisse se défendre !)
En tant que ministre, on espère que la chère Muriel saura résister à l’envie, bien compréhensible par ailleurs, de faire plaisir aux patrons pour lesquels elle a bossé.  

Eh oui, la société civile, c’est le cheval de Troie, le loup dans la bergerie : laissez faire et garanti qu’on va se faire bouffer !

lundi 17 juillet 2017

La comédie du pouvoir - 12. De l'usage de la cote de popularité.

En faisant la vaisselle : paf ! une pensée soudaine. La vaisselle, comme le vélo, favorise en effet l’activité cérébrale. Le problème, c’est qu’on ne peut pas, à la fois, noter les idées et tenir le guidon. Il faut mettre pied à terre, sinon l’idée s’envole, poussée par la suivante, souvent tout aussi intéressante, elle-même chassée par la suivante, etcetera. Bref, j’ai posé le scotch-brite et j’ai noté. Voici.

La cote de popularité de notre président serait-elle donc en baisse, que je n’aie pas encore entendu parler de ce désormais classique du baromètre politique ? Vous me connaissez : c’est parce que je soupçonne systématiquement les médias de complaisance à l’égard de Macron, l’ami de leurs propriétaires (Patrick Drahi pour Libération, Xavier Niel, Pierre Bergé pour Le Monde, etcetera) que me vient cette pensée-là. Bah, c’est un peu tôt, peut-être : ne sommes-nous pas dans la période dite d’« état de grâce » ?

Qu’importe ! Si l’on y réfléchit sérieusement, on voit bien que publier la cote de popularité d’une personnalité politique n’a aucun intérêt pour le citoyen averti qui préférerait certainement entendre parler des actes de cette personne de pouvoir. En revanche, publier sa cote de popularité a de l’intérêt pour qui veut manipuler l’opinion, celle-là même qui, sondée, a servi à établir la dite cote de popularité.
Eh ! Comment mieux installer durablement une idée dans l’esprit des gens qu’en la ressassant inlassablement, sous le couvert d’une justification pseudo scientifique (ici, le sondage) ? La foule étant moutonnière, on parvient ainsi à lancer une personnalité politique de la même façon qu’on lance une mode.

Je me résume : si malgré tous ses efforts pour paraître présidentiel, notre président avouait à présent une cote d’amour en baisse, ça grognerait dans les rangs de sa majorité et ce serait aussitôt la dégringolade dans l’opinion (l’effet boule de neige). Si donc sa cote n’est pas rendue publique, c’est qu’elle doit être en baisse.

A ce stade, ce ne sont évidemment que des suppositions - élucubrations, pourquoi pas. Bon, je vais voir sur Internet, car on ne sait jamais. Nom d’une pipe ! https://www.valeursactuelles.com/politique/la-cote-de-popularite-de-macron-en-chute-libre-86235 Je me suis trompé, le sondage existe, et il est publié, bien que le résultat soit pire que ce que je soupçonnais. On m’accuse déjà : « Mauvaise langue, va ! » Ouais, mais comme toujours, tout dépend de la manière dont est formulée la question. Dans cet article on relève qu’on a demandé aux sondés s’ils pensent que Macron est « proche des préoccupations des Français ». A l’évidence, la question naît parce que la réponse est déjà entrevue ; simple avertissement sans frais. Et pour Edouard Philippe, la question était « pensez-vous qu’il soit apte à réformer le pays. », sous-entendu : est-il capable d’imposer sa volonté au peuple ? Je vous laisse répondre.

On apprend en passant que la combativité des députés de la France Insoumise, - ô surprise- relayée par les médias, est bien vue par 40% des Français. J’avoue que ça me redonne un peu d’espoir… Sinon, vous n’avez pas de regrets ? Voilà une question à poser pour le prochain établissement de la "cote" : regrettez-vous d’avoir voté Macron ?

En fait, j’ai posé deux fois le scotch-brite et la deuxième fois, j’ai noté : maintenant que Macron est élu, les patrons de presse n’auraient-ils pas intérêt à lui mettre la pression en le titillant un peu, en lui faisant sentir leur capacité de nuisance, pour mieux obtenir ce qu’ils désirent ? Ca expliquerait les petites critiques de ses manières qu'on entend un peu partout en ce moment. Non ?

vendredi 14 juillet 2017

La comédie du pouvoir - 11. Trump et Macron se sont embrassés sur la bouche, mais devant les caméras.

Donald Trump est à Paris, invité d’Emmanuel Macron, pour le 14 juillet, « célébrer » l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917. Images d’un défilé de limousines, des gardes du corps à la pelle chuchotant dans des micros cravate comme dans « Bodyguard », des chiffres cités qui témoignent de la puissance étasunienne… paranoïaque ! Je coupe le son.

Les présidents paraissent côte à côte dans un cadre, ils nous regardent. Qu’est-ce qu’ils nous veulent donc ? « Salut. - Salut, je remercie le président des E.U. d’A. d’avoir accepté... - J’avais rien d’autre à faire ; vous êtes un grand pays, Emmanuel. - Mais vous aussi, Donald, vous êtes un grand pays. - Yes, on va donc s’entendre. » Pose pour la photo de groupe. Trump, comme toujours, toise (la France ou cherche la caméra) et Macron a pour lui de petits gestes amicaux, tape sur l’épaule, main caressant l’omoplate, genre « good old chaps » qui ont fait la chouille ensemble ou « voyez comme je ne suis pas impressionné par le Grand Manitou ». Ça rappelle la fameuse poignée de main commentée sous l’angle symbolique, comme un avant match Joe la Motta contre Marcel Cerdan - j’ai bien regardé : je n’ai rien vu, ce n’était que fabrique de sensation. Là, c’est encore pareil : notre président se sait filmé (a demandé qu’on le filme), alors il nous adresse des messages, pas subliminaux mais tout de même destinés à notre inconscient ; comme dans la télé-réalité, tout est scénarisé.

Bon, ils vont dîner à la tour Eiffel, avec leurs femmes, toujours invités d’Emmanuel Macron, comme si c’était lui qui payait. Il y a pourtant un très bon cuistot à l’Elysée. Trop guindé, peut-être ? Ah mais la Tour, c’est romantique, la carte postale de la lune de miel à Paris. Dans ce cas, ils auraient pu aussi se faire un petit restau italien du fond de la ruelle, comme dans « La Belle et le Clochard » de Walt Disney (hommage discret et en passant à la culture américaine). Non, caprice du prince, on fait évacuer la Tour et les environs et tant pis pour le couple de pékins en voyage de noces qui s’était saigné aux quatre veines pour la réservation au Jules Verne. 
Ah non, je trouve ça petit, sans gêne, ça manque vraiment d’élégance. Mais quoi, c’est le naturel qui le domine : il a beau porter le costume, Macron est un plouc. En fait, Trump et lui sont pareils, des gamins égocentriques qui se fichent des gens et, parce qu’ils ont du galon, se croient autorisés à emmerder le monde. On songe aux amitiés Bokassa - Giscard ou Sarkozy - Kadhafi… Va savoir ce qui se cache derrière.

Ben justement, de quoi vont-ils donc parler ? De choses qui fâchent ? Mais non, rien ne fâche entre eux, sinon, ils se seraient vus en aparté dans un salon du palais. De choses importantes ? Mais non, puisqu’ils sont déjà d’accord sur tout : la participation financière de la France à l’OTAN, okay ; les négociations sur le traité de libre échange transatlantique n’ont jamais cessé en coulisses ; et on nous dit qu’ils parleront de la Syrie, mais là aussi tout se passe en conférences diplomatiques dont nous ne saurons jamais rien.
Non, ils sont là tous les deux pour une représentation destinée aux bons peuples. Rien d’important n’en sortira, pareil qu’avec le récent conseil des ministres auquel participait Angela Merkel.

Comme j’avais aussi coupé le son, je ne peux pas en être sûr, évidemment. Mais je prends le pari.